Voilà déjà quelques mois que nous avons entre les mains le dernier ouvrage de Joseph d’Anvers, Un été sans fin. Nous ne pouvions donc pas ne pas passer quelques minutes en sa compagnie pour revenir sur ce livre et parler de ses multiples futurs projets, notamment son prochain disque qui devrait arriver à nos oreilles au premier semestre 2027.

C’est déjà ton cinquième ouvrage que tu nous proposes. Pas de lassitude dans l’écriture ?

Joseph d'Anvers : Non, non, pas du tout. Pourtant, après le premier ouvrage, La nuit ne viendra jamais, je me suis dit que je n’écrirai plus jamais de livre. Cela avait été un exercice long et difficile pour moi. Finalement, avec le temps, je prends de plus en plus goût à écrire. Là, avec mon livre sorti il y a quelques mois, je suis encore dans la promo, je pars à Besançon vendredi puis à Toulon. Je ne pense pas encore à la suite mais il n'y a aucune lassitude, au contraire.

Ton dernier ouvrage a l'air quand même très différent des deux précédents avec un peu de suspense, un peu thriller aussi, page-turner aussi parce qu'on a envie de savoir ce qu'il va advenir de ton personnage principal. Mais en même temps, on peut trouver aussi quelques points communs avec les deux précédents. Alors du coup, en quoi est-il différent des autres, cet ouvrage.

Joseph d'Anvers : La première, c'est que le sujet principal ne tourne pas autour de l'adolescence comme dans mes ouvrages précédents. Le personnage principal d’Un été sans fin est un quadragénaire, au prise avec les démons liés à son âge. C'est également le premier roman que j’écris à la troisième personne, ce qui me permet d’explorer différemment la psychologie des personnages.

Et au niveau de la genèse de cet ouvrage. Comment tu en es arrivé à faire un ouvrage qui se passe en Grèce ? Comment tu as imaginé ce personnage de Paul ? C’était différent d’écrire ce livre ?

Joseph d'Anvers : Tout est parti du fait que je suis parti sur une île grecque en vacances il y a deux ans, et que je me suis moi-même blessé sévèrement une jambe, une semaine avant le départ. Je me suis donc retrouvé allongé sur un transat pendant une dizaine de jours, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Je n’avais pas grand-chose à faire, sinon prendre mon temps et observer autour de moi les gens, les paysages, les histoires qui se déroulaient devant mes yeux. Durant ce séjour, il m’est également arrivé quelques histoires pas banales, et j’ai fait des rencontres pour le moins étranges. Très vite, je me suis dit que ça ferait un bon début de roman.

Plus tard, une fois rentré à Paris, l’hiver venu, j’ai repensé à tout cela et j’ai été persuadé que tout cela ferait un excellent point de départ pour un nouveau livre. Et comme à chaque fois, tout m’est venu en images : je voyais ce mec allongé sur son lit, le ventilateur au plafond, comme dans Apocalypse Now, la chaleur, son genou blessé, et cette amnésie qui le frappe. Je n’avais que ça, mais je me suis lancé. Très vite, je me suis dit que ça serait intéressant que je me serve de la Grèce comme décor, de sa mythologie, de ses croyances, des superstitions. Sujets que je n’avais jamais abordés dans mes précédents ouvrages.

Il y a des points communs avec tes ouvrages précédents mais il y a des différences. Du coup, c'est un ouvrage qui est vraiment dans la continuité des précédents ou c'est vraiment un ouvrage en rupture avec les précédents ?

Joseph d'Anvers : Je ne sais pas trop en fait. Je ne me pose jamais ces questions, même pour les albums. Je fais ce que j'ai envie de faire à l'instant t. Je n'ai pas de plan de carrière, ni de plan tout court au moment où j’entame l’écriture. Je suis vraiment dans l’instant. J'aurais été un très mauvais architecte, car je suis incapable d'imaginer l'ensemble de la structure en amont. Il y a cependant quelques petites références aux romans précédents glissés dans Un été sans fin. Je laisse les lecteurs les trouver.

Parmi les autres différences, il y a de ce que tu as dit tout à l'heure, dans tes deux précédents romans, c'était sur des ados. Là c'est sur un personnage adulte, mais ils ont quand même comme point commun d'être dans une période de leur vie où ils vivent une crise. Ça t’intéresse de parler des différentes crises que l’on peut traverser au fil de l’âge ?

Joseph d'Anvers : Totalement. Ce qui est intéressant, c'est ce qui débloque, c'est ce qui se fissure, ce qui ne va pas. Ces passages, ces moments de la vie, on les traverse tous. Le personnage de Paul réalise qu'il peut faire table rase du passé, qu'il est sur cette île où personne ne le connaît. Et lui-même ne se connaît plus. Alors il peut se réinventer. Et je me suis demandé ce que ça ferait si cela m’arrivait, quel effet ça ferait si on me disait tiens, tu peux tout recommencer de ta vie à partir de maintenant.

Justement, tu anticipes mes questions. C'est une question que j'allais te poser en fait. SI tu avais la possibilité de faire table rase du passé ? Est-ce que tu referais des livres et de la musique ou tu ferais autre chose ?

Joseph d'Anvers : Je sais que ça n’arrivera jamais, donc j'évite de me poser la question. Mais ceci dit, il y a des jours où je suis un peu down et où je me dis que pour faire tous ces métiers artistiques, il faut être sacrément fort mentalement, et y croire. Les gens n’achètent plus de musique, lisent moins, vont moins au cinéma. L'époque actuelle n'est pas très rassurante. Le monde a changé. C’est compliqué. Et puis il y a des jours où je me dis que j'ai une chance incroyable, ça fait vingt ans que je vis de tout ça, et j’ai toujours le même feu sacré à l’intérieur de moi. J’ai la possibilité de pouvoir exprimer ce qui me traverse à travers des livres, des chansons, des scénarii. C’est incroyable. Gamin, je rêvais de ça. Alors jamais je ne me plaindrai.

Venons-en à la couverture maintenant. Elle est très jolie je trouve. C'est toi qui as choisi cette couverture ?

Joseph d'Anvers : C'est une graphiste qui s'appelle Carole Schilling qui m'a envoyé six ou sept propositions. Ça, c'était la première, et j’ai su direct que c’était la bonne. C'est très rare quand tu reçois une pochette ou une jaquette et que tu te dis immédiatement "Ah oui, c'est exactement ça que je souhaite !".

C’est une photo de Santorin ? Le personnage est dans une situation bien précise ?

Joseph d'Anvers : C'est un montage en fait. Elle m'a expliqué qui il y a huit ou neuf images pour construire cette couverture qui reflète vraiment bien le roman. C'est une jaquette qui fait beaucoup parler, qui plait beaucoup, vu les retours.

Sur le roman précédent, tu avais fait des lectures musicales, une adaptation sur scène. J'avais écouté des morceaux qui étaient très sympa, avec qui une femme qui lisait ton texte avec derrière des musiques à toi. Tu pourrais le refaire avec ton nouvel ouvrage ?

Joseph d'Anvers : J'ai justement commencé à bosser dessus ! Pour Un garçon Ordinaire, j’avais effectivement créé un spectacle avec Aurélie Saada (ex-Brigitte). On a fait pas mal de dates et c'est un concept qui a beaucoup plu. L’idée était d’aller plus loin plus qu’une simple lecture musicale. Alors on a monté un vrai spectacle, avec de la video, des montages sonores, etc.

C'est quelque chose que j'adore faire parce que tu n'as aucune contrainte. Je suis dans un cadre où je fais exactement ce que je veux, comme je veux. Cela me fait également faire un autre exercice mental, et c'est hyper agréable de redécouvrir ce que tu as écrit et de le dire à haute voix, puis d’en composer ensuite la BO pour aboutir à un spectacle original. On sort du cadre figé du livre, on peut le reéinterpréter, lui redonner vie différemment.

Ton ouvrage pourrait aussi avoir une adaptation télé ou cinématographique car le texte s’y prête beaucoup je trouve ? Tu y as pensé je suppose ?

Joseph d'Anvers : On me le dit à chaque fois… C’est marrant. Mon agente a justement été sollicitée et vient d’envoyer le roman à des sociétés de production. Et parallèllement, je suis en écriture d’un long métrage avec une amie comédienne, et je viens de commencer aussi l’écriture d’un scénario original.

Et alors du coup maintenant, c'est quoi tes préférences et ton activité principale ? C'est l'écriture cinématographique, la littérature ou c'est toujours la musique ? Qu'est-ce que tu préfères faire ?

Joseph d'Anvers : J'aime tout ! J'étais en rencontre il y a deux jours et on m'a posé cette question. J’ai répondu un peu de manière ironique à l'interviewer en disant "Tu préfères ton papa ou ta maman ?"  "Tu préfères lequel de tes enfants ?". Tu vois là, c'est un peu pareil.

Ce week-end, je vais à Besançon, je vais signer et je vais faire un concert après une rencontre avec des lecteurs. Du coup, je suis super content parce que j'aime bien la partie où je parle du livre et j’adore coupler avec la musique.

Et en fait, chaque projet me motive un peu plus. Je crois que c'est ça la clé : se diversifier, toujours avancer, se risquer dans des domaines inconnus. Si je sortais des livres ou des albums plus régulièrement, je pense que les responsables marketing seraient très contents. Mais je m'en fous en fait. Moi, ce que je veux, c'est faire ce que j'ai envie de faire à l’instant t. C'est la liberté quoi. Cette notion même de liberté que dont parlaient John Fante, Hemingway, Springsteen et tant d’autres. Mais ça a un putain de prix aujourd’hui, parce que ce qu'on te demande - c’est ce qu'a dit Biolay récemment - c’est d'être omniprésent sur les réseaux, de créer du contenu, de faire des morceaux de neuf secondes pour TikTok. Mais je n’ai pas choisi la musique pour ça, je n'ai pas choisi la littérature pour ça non plus.

Je comprends ce que tu dis mais c’est un moyen de gagner de l’argent pour vivre quand même ?

Joseph d'Anvers : Pas forcément. Cela dépend de beaucoup de choses. Ils sont des centaines de milliers à faire ça. Mais qui gagne réellement de l'argent, au final ? J'ai rencontré récemment un YouTubeur qui fait des millions de vues, avec une chaîne sur l'info, un truc intelligent on va dire. Le mec a une équipe de cinquante personnes. Tu as l'impression qu'il est dans son petit bureau et en fait non, Ils sont cinquante, tu vois, c'est une énorme entreprise. Et donc pour arriver à ça, il faut être un homme d'affaires. Il faut maîtriser son truc de A à Z et il faut surtout avoir une vision de comment faire de l’argent. Est-ce que c'est ce que je veux faire ? Non. On en revient à la leçon de Bashung, de Dylan, de Springsteen, Nick Cave et de tous ces artistes que j’aime et estime : tracer sa route et faire ce qu’on aime. C'est aux gens de venir dans ton sillon et d'écouter ce que tu leur proposes. Ce n’est pas à toi de faire ce que les gens veulent entendre. C’est là toute la notion de l’art en général.

Parlons un peu du futur album maintenant. Lors de notre entretien au moment de la sortie du dernier album, tu m’avais raconté que c’était de plus en plus compliqué de sortir un album. Tu avais même créé ton propre label. C’est toujours pareil ?

Joseph d'Anvers : Oui, en pire ! Ah ah. Mais encore une fois, écrire des chansons, les enregistrer, avec des gens que tu admires et aime, c’est génial. Et je suis super content du résultat. C’est bien là l’essentiel !

Le disque est donc prêt ?

Joseph d'Anvers : Oui, toutes les chansons sont prêtes. L’album va sortir au printemps prochain.

Et les chansons ? Ça donne quoi ?

Joseph d'Anvers : J'ai enregistré avec une super équipe, avec des supers musiciens qui tournent avec Daho, Vanessa Paradis, Salif Keita, Erik Truffaz. Je les ai réunis dans un tout petit studio, entassés les uns sur les autres et j'ai dit on y va. On a trois jours pour faire 17 chansons. Prise directe. On écoute une fois les maquettes et on y va. Je chantais chaque prise en même temps qu’eux. On était les uns sur les autres : la basse touchait presque la batterie, le piano était juste derrière. Au final, on a tous adoré l’expérience parce que c'était une nouvelle manière de faire. Enfin, une vieille manière de faire mais qui ne se fait plus. Aujourd’hui, on enregistre séparément (quand on embauche encore des musiciens… mais ça c’est un autre débat) ou quand on joue tous ensemble, généralement, on est dans des pièces séparées. Là, les gars et moi avons kiffé parce que tu retrouves le vrai plaisir de la musique. C’est vraiment le maître mot de ce à quoi j’aspire. On a gravé des instants, autant que de la musique. C'est un album qui va être très acoustique, très vivant et chaleureux.

Après, il y a au moins un duo sur cet album que tu as sorti en vidéo ? Avec une artiste que j’aime bien d’origine brésilienne. Tu as rencontré cette artiste comment ?

Joseph d'Anvers : Flavia Coelho ! J’adore sa musique, la personne et tout ce qu’elle dégage. Je l’ai rencontrée à la première du spectacle Un garçon ordinaire à la Maison de la Poésie à Paris. Elle était dans la salle et on a échangé un peu après. On a parlé musique, littérature… J’ai adoré son énergie. Quand j’ai enregistré la chanson "La fin de l’été", j’ai tout de suite pensé à elle pour un duo. Son accent brésilien, sa vibe, le soleil dans sa voix apportent énormément à ce titre. Il y aura aussi d’autres duos sur cet album. Je me suis beaucoup ouvert aux autres, à des voix féminines notamment, ce qui donne beaucoup de relief à l’album, une couleur différente. J’ai hâte de le sortir.

Musicalement, on s’éloigne de côté électronique du précédent disque ?

Joseph d'Anvers : Oui, musicalement, on s’en éloigne un peu. On revient aux bases. J’ai utilisé quelques synthés mais j'avais vraiment envie que ça sonne acoustique, que ça sente le bois, l'organique. J’ai pris cette décision lors de ma résidence à la Nouvelle Orleans pour la Villa Albertine. J’ai vu tout un tas de groupes là-bas qui délaissaient la musique "urbaine", les machines, le côté Protoolsé, uniformisé, qui revenaient aux vrais instruments, à quelque chose de vivant. La plupart de ces musiciens avaient la vingtaine et j’y ai vu un signe. Ils m’ont donné envie d’aller à contre-courant, de proposer autre chose que ce qu’on entend majoritairement ici. La musique s’est mondialisée, comme la société. J’en ai eu marre de ce côté H&M, Mc Do, Sephora de la musique interchangeable et sans âme. J’ai mis beaucoup de la mienne dans cet album, et pour ça, il fallait plonger encore plus profond dans les textes, dans la mélasse intime, et composer le plus simplement possible, sans artifices ni posture. Eprouver l’essence même de la musique, ressentir, vibrer. Je ne pourrai de toutes façons pas concurrencer les mastodontes produits par les majors, mon label n’a pas les moyens qu’elles mettent pour générer des vues, des écoutes de manière artificielle. Autant donc creuser encore un peu plus mon sillon, viser le qualitatif plutôt que le quantitatif. Si tu veux, je me sens comme un petit restaurant qui essaie de faire de la bonne cuisine, avec des bons produits, mais qui fera toujours moins de couverts chaque jour que Mc Do. C’est ma vision des choses et ça n’engage que moi.

Et donc du coup, tu as tout écrit, tout composé, tout fait ?

Joseph d'Anvers : Oui. Et en studio, j’ai laissé aux musiciens la liberté d’explorer, de changer de direction. Je voulais graver l’alchimie de ces moments collectifs, quand la mayonnaise prend et qu’on le ressent tous en même temps.

Et donc du coup, malgré le fait que tu aies réuni autant de musiciens dans une si petite pièce, tu pourras faire une tournée quand même ?

Joseph d'Anvers : Evidemment ! J’ai déjà quelques pistes en tête pour m’éloigner de l’album et créer des versions spécialement pour le live. Dans la continuité de ma démarche.

Pour terminer, tu écoutes quoi en ce moment, tu as lu quoi de bien ?

Joseph d'Anvers : En ce moment j’écoute plein de choses, notamment Requin Chagrin, People Museum (un groupe de potes de Nola), je réécoute Elliot Smith, Slowdive, Mansfield Tya, l’album de reprises de Bob Marley par Alex Quinn… Entre autres. Je viens de terminer le dernier Connelly et la BD Colorado Trail, niveau lecture. J’ai aussi lu L’enfant démon d’Aurélien Morinière et La nuit Ravagée de JB Del Amo. Et là, je suis en plein dans L’homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy, que j’ai eu la chance de rencontrer il y a peu lors d’un festival littéraire.

Merci Joseph de m’avoir consacré un peu de ton temps pour revenir sur ton dernier ouvrage et parler des futurs projets, notamment cet album qu’on attend avec impatience. On tâchera de se revoir lors de sa sortie.