Janvier 2005, je découvre sur la scène du Nouveau Casino à Paris le groupe Verone. Merveilleux groupe de pop qui défendait à l’époque son premier album Retour au zoo.

Mars 2025, sortait le deuxième album de La Reine Garçon.  Entretemps, nous n’avons jamais quitté ce couple que forment Delphine et Floé à la ville comme à la scène. D’albums de Verone en albums de La Reine Garçon en passant par Facteur Chevaux notamment, c’est sans cesse un enchantement d’écouter les superbes mélodies pop folk de ces deux-là et de leurs comparses (Stéphane Auzenet, Sammy Decoster, Claire Redor…).

Si le premier album de La Reine Garçon qui enterrait du même coup Verone, annonçait déjà un changement conséquent au sein du couple, c’est avec ce deuxième et magnifique disque Tout renaîtra différente que Floé se confie sur sa transition de genre. Au travers de textes très personnels mais néanmoins poétiques et chargés d’émotions, le couple nous dévoile sans secret mais avec pudeur et douceur cette transition, l’amour et la confiance de l’un pour l’autre, la recherche d’identité autant que sa place dans le couple et dans le monde.

La pop de Verone, au fil des ans, s'est transformée davantage en une folk élégante aux mélodies ciselées, toujours portées par la voix magique de Floé (et parfois de Delphine) pour arriver aujourd’hui à cet album magnifique.

Dès les premières notes de "Différente" qui ouvre l’album on se sent en terrain connu empli d’élégance. La beauté de cette guitare rejoint rapidement par la voix de Floé nous offre un écrin de douceur pour recevoir les mots de Floé tout aussi beaux ("Wild is the west, fuis aussi loin que tu souhaites / Tu n'y trouveras que toi-même").

"Je n’existe pas" qui lui succède est tout aussi subtile et d’une écriture digne des plus grands de la folk. N’ayons pas peur de citer Will Oldham ou Robin Proper-Sheppard notamment pour cette façon de faire des mélodies sublimes capables de transmettre autant de sentiments et d’émotions.

On pourrait faire une chronique titre par titre, tellement il y a à dire sur chaque chanson mais ce serait vous priver de la découverte de ce disque qui est sans doute pour l’heure, le chef-d'œuvre du groupe.

On trouvera aussi une reprise merveilleuse de "J’ai vu des chevaux sous la mer" qui est une chanson issue de Retour au zoo, le premier album de Verone. La boucle est bouclée.

Il n’y a aucun moment faible sur cet album, que ce soit au niveau des textes ou de la musique. "Ni un ni une" qui ferme l’album après 30 petites minutes, finit de nous bouleverser ("Je ne saurai pas choisir / Mon bel oiseau d'amour / Ni le jour ni la nuit / Ni le soleil ni la lune / Ne voient mon infortune / Je ne suis ni un ni une / Ni la feuille ni le vent / Qui traversent l'océan / Ne sauront nous entendre") et on repense à Will Oldham et ce spleen folk comme peu savent le transmettre.

"Je ne connais plus celui que tu aimais il y a longtemps / A la fin de l'hiver le printemps / Et tout renaîtra différent / Lâche, lâche tes larmes un bon coup / Lâche, crache-moi donc ton dégoût" chante Floé sur "Lâche". Tout est dit. Tout est différent mais quelque part, tout est pareil, parce que depuis toujours ce couple nous livre au travers de ses chansons et de ses concerts toute l’intensité de leur amour. Un lien indéfectible uni ces deux-là, et nous avons la chance d’en profiter au travers de leur créations. Merci La Reine Garçon pour tout ça.