Opéra-bouffe écrit et mis en scène par Jean-Michel Ribes, sur des musiques de Reinhardt Wagner, avec Sophie Angebault, Caroline Arrouas, Camille Blouet, Sinan Bertrand, Gilles Bugeaud, Claudine Charreyre, Till Fechner, Emmanuelle Goizé, Sophie Haudebourg, Sébastien Lemoine, Jeanne-Marie Lévy, Thomas Morris, Antoine Philippot, Rachel Pignot, Alejandra Radano, Guillaume Severac-Schmitz, Fabrice Schillaci, Gilles Vajou, Jacques Verzier et Benjamin Wangermée.
Jean-Michel Ribes, auteur qui depuis deux lustres n’abuse pas de sa fonction de directeur du Théâtre du Rond-Point, y crée, après "Musée haut, musée bas", un deuxième spectacle qu’il a conçu comme une farce joyeuse, "un rire de résistance en chansons", pour exprimer le "malaise qu’il ressent face à la gouvernance de notre pays et de la politique en général" et évoquer "la mise en coma agité de la société impulsée par le sarkozysme".
Avec cette note d'intention, il fait sans doute fait fantasmer certains spectateurs, ses concitoyens français qui rêvent de révolution les deux pieds dans le marais, les électeurs girouettes aussi prompts à encenser qu'à dénigrer le bénéficiaire de leur bulletin de vote et les amateurs de théâtre agit-prop ce qui entraînera sans doute des déceptions.
Et d'ailleurs peut-être suscitée pas tant par sa proposition, même si révèle quelques faiblesses tels la sonorisation HF ou le diverticule du double façon Jiminy Cricket et dont le format ne pâtirait pas d'un resserrement, mais de la médiocrité du microcosme politicien qu'elle illustre et de l'image que reflète le miroir qu'elle tend au spectateur.
En effet, "René l’énervé" s'avère un divertissement plus proche du cabaret satirique que du brûlot politique. Optant pour la forme désaffectée de l'opéra-bouffe, Jean-Michel Ribes mirlitone, comme il se doit dans ce registre dont il respecte les codes, et a recours à une intrigue inspirée de la réalité, creuset inépuisable de la fiction.
Celle-ci narre l'itinéraire ascensionnel d'un petit épicier jogger impénitent "à fond la forme", beauf parfait et emblème du "bon sens près de chez vous" (Thomas Morris) , choisi et promu par les nouveaux gourous faiseurs de présidents, en l'occurrence, l'éminence grise, ici pseudo-teutonne avec tout ce que cela entraîne de connotations évocatrices (Till Fechner), et le publicitaire crooner bronzage permanent et dents ultra brite (Gilles Vajou).
Et même bas du front, entouré de sa "mamaman" omniprésente (Jeanne-Matie Lévy) et d'épouses-panthères (Caroline Arrouas et Alejandra Radano), il court d'abord pour lui et, avec un programme construit comme un discours marketing scandé de slogans publicitaires ("Courir et laisser dire", "Je suis en forme, je réforme").
Coiffant au poteau à tous les partis, la droite impotente (Gilles Burgeaud), la gauche amorphe avec ses leadeuses intestines (Sophie Angebault et Emmanuelle Goizé), les écologistes rejetons anémiques du flower power et bobos rastas et l'incontournable extrême droit des cons de la nation obédience chasse-pêche, il se dote d'un aréopage de ministres bouffons dont les maroquins explicites, à l'instar de celui de "la hauteur des prix et du pas-vu-pas-pris" ou de "l'agitation nécessaire et de la vérité qui change", renvoient, là encore, à des réalités consternantes.
A l’image des costumes chamarrés aux couleurs saturées de Juliette Chanaud, la partition musicale de Reinhardt Wagner, jouée en direct live sous la direction de Delphine Dussaux, puise dans tous les styles, de l'opéra à la variété tous azimuts, ce qui correspond à la structure en tableaux du spectacle.
Dans la scénographie de praticables à étage de Patrick Dutertre, la troupe conséquente formée de comédiens, de chanteurs lyriques et de comédiens-chanteurs versés dans le théâtre musical, fonctionne avec une belle synergie impulsée par Jean-Michel Ribes et le chorégraphe Lionel Roche.
