Monologue dramatique de Yves Ravey dit par Hervé Pierre dans une mise en scène de Laurent Fréchuret.

La Comédie-Française, dépositaire du répertoire, promeut également l'exploration de nouveaux textes et de nouveaux auteurs.

"Le drap", la pièce d'Yves Ravey présentée dans la salle du Vieux-Colombier, s'inscrit ainsi dans ces "Rendez-vous contemporains".

Un seul personnage, un grand comédien, Hervé Pierre.

Un jeune garçon des années soixante, Lindbergh, assiste à l'agonie de son père, un ouvrier frappé de saturnisme. La mère, sublime, tient ses promesses du "pire", inscrites dans le serment de mariage, en se souvenant du meilleur. Le père peut, grâce à sa femme, défier la mort et croire qu'il la vaincra.

Sur ce sujet simple, Yves Ravey a écrit un texte beau et évocateur, où l'on retrouve, par maints détails, l'univers digne de ce prolétariat de la fidélité, de la conscience professionnelle poussée jusqu'à l'inconscience, au sens du sacrifice et à la foi aveugle dans le "progrès" qui permettra un avenir meilleur aux enfants.

Seul, "sur le carreau", comme son père héroïque, le fils devenu homme raconte. Hervé Pierre lui prête sa bonhommie, sa truculence, son émotion enrouée, sa précision de conteur terrifiant enveloppé par le soir.

Le récit détaillé de la mort du père émeut, entaille et un bon mot charnu bouscule le trouble. Pas un instant le comédien ne quitte des yeux ses fauves, nous, et nous demeurons à notre place, griffes rétractées et regard humide. Du grand art.

Et une belle découverte à la hauteur de l'ambition de cette Maison aimée.