L’art de la Réforme, une Renaissance…
Et pas seulement dans le sens du schisme religieux dut à la Réforme, mais bien dans le cadre renouvelé du Musée du Luxembourg qui a ouvert ses portes à l’exposition, offrant un grand bol d’air frais aux visiteurs. Un plaisir, comme écrin à l’exposition "Cranach l’Ancien" qui semble avoir été attendu, pour cette renaissance.
Une chose est sûre, et il faut le dire d’emblée, c’est un des plus beaux accrochages qui nous a été permis de voir. Une mise en valeur des tableaux en gommant toute lumière parasite pour nous offrir un écrin noir aux œuvres parfaitement éclairées.
Lucas Cranach (1472-1553) est l’un des fondateurs de la Renaissance nordique. Un des artistes à la renommée mondiale. L’homme a son caractère et sait se qu’il veut. Loin de rester un artiste courtisan il utilisera sa conviction artistique pour se mettre au service de la Réforme. En témoigne, les portraits de personnalités comme Charles Quint, Marguerite d’Autriche ou Martin Luther pour comprendre toute la signification que l’artiste met dans ses œuvres. Loin de la simple représentation sociale, leurs contenus transpirent l’acte politique. Il sait être témoin des temps qui changent.
C’est tout le plaisir de cette exposition de voguer dans l’espace temps, celui d’un monde entre deux Renaissances (celle du Nord et celle du Sud), même si naturellement ce n’est pas si simple d’ignorer les liens artistique de l’époque.
L’exposition prend le parti pris de la comparaison. Entre rapprochement et confrontation de l’artiste avec ses contemporains d’Allemagne, des Pays Bas et de l’Italie. Des chemins de traverses que le visiteur ne manquera nullement d’emprunter et d’apprécier les juxtapositions. L’autre enseignement, est la démarche volontaire de nous faire partager la chronologie artistique de Lucas Cranach. De sa première œuvre connue "La Crucifixion des Ecossais", peinte à Vienne vers 1500, jusqu’à la Réforme.
Mais ceux (et vous êtes nombreux) à connaître l’œuvre de Cranach iront, sans mauvais esprit, retrouver la partie sans doute la plus connue de l’œuvre du peintre, ses nus. Œuvres qui, en son temps (même de nos jours), ne laissèrent personne indifférent devant la sensualité des corps présentés. Une liberté qui en titilla plus d’un.
Cranach est un peintre libre, un homme d’honneur, un fidèle parmi les fidèles, et il sait, en entrant comme peintre à la Cour de Frédéric le Sage, Prince aussi puissant qu’il aime les arts, allant jusqu’à fonder une Université, qu’il y œuvrera une très grande partie de sa vie. Une stabilité qui sera récompensée par des armoiries (1508) qui deviendront la signature de l’artiste.
Comptant parmi ses amis, Martin Luther, il se retrouve dans le tourbillon de la Réforme qui s’interroge sur les images et leurs représentations religieuses. Cranach doit alors trouver d’autres sources d’inspirations. Il en jaillira les thèmes sur le "Pouvoir des femmes". De l’autre, l’imprimerie ne le laisse pas indifférent, et il sent rapidement l’importance pour un artiste de dupliquer des œuvres. Il illustra de ses gravures, le célèbre "Testament de septembre" de 1522 dont il en finance l’impression.
Grâce à ses portraits il donne, en acte militant, un visage à la réforme allant jusqu’à l’illustration de la doctrine protestante comme œuvre partagée…
Voyage donc, dans le temps de la Réforme, et des espoirs qu’ont pu engendrer la rigueur de la doctrine. Cette bouffée d’air, dans un monde religieux qui se voulait absolu, était devenu indispensable. L’exposition dans son ensemble dévoile l’importance de l’art et de ses artistes (quelques uns) dans les grands mouvements sociaux religieux. Cranach nous montre qu’un peintre n’est pas seulement un courtisan, mais un artiste qui prend position.
La très belle exposition "Cranach et son temps" est à voir, aussi bien pour les œuvres exposées que pour le souffle qui s’en dégage. Il y a cinq siècles un artiste avait conscience de la puissance de l’image. Aujourd’hui nous avons la chance de le rencontrer au Musée du Luxembourg.
