Comédie dramatique de José Pablo Feinmann, mise en scène de Gérard Gelas, avec Olivier Sitruk, Jacques Frantz, Laure Vallès, Guillaume Lanson et François Santucci.

Un personnage emblématique, un physique, une vision du monde, une agonie romantique : tous les ingrédients d'une bonne pièce sont réunis dans "Le crépusucle du Che", oeuvre de l'Argentin José Pablo Feinmann.

1967: après la révolution triomphale de Cuba, les tentatives avortées au Congo, le Ché se retrouve en Bolivie pour son dernier combat. Capturé, il est rapidement éxecuté sur injonction américaine. Le mythe est né. La machine commerciale s'emballe. La célèbre photographie - cheveux longs et béret - prise en 1960 à l'enterrement des marins français assassinés dans le port de la Havane par la C.I.A., va subir une duplication phénoménale et orner murs de chambres et torses étriqués de la jeunesse occidentale.

Feinmann a choisi de faire paraître le héros au tribunal de l'Histoire, par le truchement d'un questionneur-journaliste et de la convocation de grands témoins de l'épopée.

Jacques Frantz, immense comédien, sur lequel repose toute la pièce, incarne cet inquisiteur du passé, endossant, à certains moments, le treillis de Castro, pour de savoureux dialogues, fascinant transformiste plein d'humanité. A ces côtés, dans un impossible défi, oeil noir et parole vigoureuse, Olivier Sitruk envisage le personnage du Ché, sans toujours prendre conscience de la cruauté de cette passion finale, avec la mort au bout, miroir flou de la volonté magnifique du Conquérant de l'impossible.

Un certain galimatias humanisant - problème de traduction ? - ne l'aide pas dans son entreprise et on s'agace de ce révisionnisme moralisateur, de ces imprécations contre le Commandante qu'on ne peut aborder sans grandeur d'esprit ou avec les oeillères bobo de la bonne conscience gnan-gnan. Les personnages secondaires - soldatesque bolivienne, improbables gringas, samaritaines des Andes - paraissent sortis d'une cour de récréation pour adultes et improvisent, avec détachement, des rôles de tueurs, de victimes ou la figure du peuple. D'où déperdition.

Le metteur en scène, Gérard Gélas, avec cette partition molle, a eu l'intelligence de distribuer Jacques Frantz, qui sauve tout, tandis que les dames s'éventeront devant les regards perdus du beau jeune homme brun à béret et que le public rafraichira sa mémoire sur ces événements pleins d'espoir avant de se replonger dans un livre d'histoire d'où le révisionnisme bon-teint sera proscrit.