Genet a 100 ans et il est vivant.

Jean Genet manie les mots par effraction à la manière d’un "monte en l’air" ou d’un "voleur à la tire". Un flagrant délit d’écriture qui fait sa cavale en 1942. Un poème évadé de prison à la gloire de son compagnon fantasmé, Maurice Pilorge, truand dandy guillotiné quelques années plutôt. Il signe là, sa liberté.

L’art des vaux rien (vauriens ?), c’est qu’ils n’ont rien à perdre d'autre (mais est-ce si important) que l’anonymat des prétoires. La violence des écrits de Jean Genet est sans concession. Ils offrent au lecteur la réalité d’un auteur que la société, dans son ensemble, a voulu "corriger" de son verbe libertaire.

Mais comment peut-il en être autrement lorsque l’adversité devient votre compagnon de cellule ? Abandonné, sans racines, l’exclusion devient dès son plus jeune âge la maîtresse de ses fantasmes et elle le mènera, malgré un placement chez une famille et une solide éducation catholique, sur les bancs de la justice.

Il n’en délogera pas.

De ses pas lourds de condamné, à la manière d’un Jean Valjean, il fuira la poisse et rencontrera ici et là sur son chemin des hommes d’écoute comme Jean Cocteau et d’autres tous aussi connus, comme Paul Valéry, qui lapideront son œuvre.

Qu’importe, l’homme est solide dans son "verbe". Il est entier et donc, ce bloc gène aux entournures parce qu’il ose, dans son phrasé, œuvrer en artiste sans filet. Genet est le poète de nos terreurs. Quoi de plus violent qu’un homme qui ose !

L’écrivain ne peut laisser indifférent, peut-être justement parce qu’il a réhabilité un monde des "réprouvés". Un monde d’argot qui flirte avec la soie.

Ses écrits sont là, ancrés dans le regard de l’Autre. Miroir que nous n’osons pas traverser. On s’y retrouve pourtant parce qu’il (Genet) sait nous proposer tout au long de ses pages, un regard sur ces éléments secrets que nous avons en nous, cette part que nous refusons de voir en face. Appelons-la comme on veut, mais, elle existe, puissante, nourrissant nos fantasmes. La peur, peut-être, plus sûrement cette sclérose dans laquelle nous nous lovons, pétris par les convenances et les interdits. Tout au long de son écriture, il osera s'affranchir des non-dits. Jean Genet est un auteur rare : profitez de l'aubaine mise à notre portée pour plonger tête la première dans les nombreuses rééditions proposées.

Quelques repaires...  

Chez  Gallimard, les "Œuvres complètes" en six tomes -  Collection Blanche et   dans la prestigieuse collection de "La Pléiade", le théâtre complet.

Tout juste paru chez  Folio "Splendid’s suivi d’Elle" avec, comme pour tout le reste de la collection théâtrale, une mise en perspective de Michel Corvin.

A l'affiche :

"Les bonnes" par la Compagnie MThéâtre le samedi 29 janvier 2011 au Petit théâtre CdbM au Perreux

"Le funambule(s)" au Théâtre Paris Villette du 28 février au 10 mars 2011.