Céline, nuit de lumière
Comme de mauvais cuisiniers, le soufflé est retombé dans la cuisine de nos monarques, laissant l’indignation des sujets de lettres dans les antichambres de l’indifférence. Le temps que passe la caravane…
D’ailleurs qui s’en souvient de la confiscation de la célébration de cet auteur peu recommandable. D’autres ajouteront peu fréquentable, et c’est totalement vrai.
Cent ans et pas un regard.
Les indignations ont été rangées aux rayons des accessoires démocratiques pour mieux balayer sous le tapis ce que l’on ne veut plus voir. Passer à autre chose, laissant le champ libre à quelques lobbyistes communautaires pour toutes représentations républicaines !
Comment accepter (même si l’indignation est légitime) qu’un groupe puisse ainsi influencer un Ministre au nom de la morale historique. De s’offrir le luxe de retourner comme une crêpe un représentant du peuple. Nous sommes d’accord avec eux, au moins sur un point, il n’y a pas de ministre de la Culture place de Valois.
Même la place vacante, ce qui ne veut pas dire que nous devons laisser diriger l’Etat par quelques groupes communautaires faisant lâcher prise aux principes même de la République, pour ne servir que leurs intérêts communautaristes (et idéaux) ce qui est proprement inadmissible.
Il faut être encore plus virulant envers ces Ministres (élus du peuple) dont l’absence de virilité politique est désastreuse.
Il est bon, reconnaissons-le qu’un homme de lettre aussi sulfureux puisse pointer de par ses écrits, le dysfonctionnement des institutions frileuses. Car c’est bien là, l’indispensable talent d’un écrivain, que ses mots fassent mal et révoltent. Comprendre le pourquoi de ces "idées indéfendables" et qui pourtant a écrit les pages littéraires les plus emblématiques de XXe siècle avec son "Voyage au bout de la nuit".
Alors profitons, voulez-vous de cet honneur refusé pour nous plonger tête la première dans le bouquin d’Yves Buin sur Céline de la collection Folio Biographie.
Comme toujours chez Folio le plaisir de la lecture se conjugue avec la découverte et le "Céline" d’Yves Buin ne déroge pas à la règle. Bien au contraire. Il n’y a pas mieux comme conseil, que d’ouvrir ce livre pour se faire une idée documentée de cet homme sans compromis. La construction toujours savante (et plaisante à lire) des Folios qui permettent une approche croisée des sources entre extraits de textes de l’auteur et travail d’Yves Buin pour la bonne compréhension biographique.
Entre extraits et analyse, c’est l’homme que l’on voit se profiler entre pleins et déliés avec toute la complexité dans la naissance de ses dérives. Céline n’est pas un Saint. Il ne se reconnait pas comme tel, juste se sait-il à la hauteur d’un Genet. D’ailleurs c’est étrange comme beaucoup (non pas par maladresse) confondent les deux auteurs. Est-ce un hasard ?
Deux souffrances voguant sur la tiède normalité des envies.
Sulfureux ensemble.
Le livre d’Yves Buin nous chemine sans autre exercice de style que la clarté historique (ce qui n’est pas rien) dans les méandres de la construction humaine et littéraire. Reconnaissons que l’art du biographe est ici pleinement rempli. Je ne peux que vous conseiller de lire "Céline" et de couper le robinet de l’info.
Il bon parfois d’avoir entre les mains des ouvrages de ce type pour s’offrir enfin, un moment d’analyse, loin, très loin de ceux qui pensent condamner l’inavouable en violant la République.
