Comédie de Molière, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, avec Clotilde de Bayser, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Christian Hecq, Georgia Scalliet et Jérémy Lopez.

1663. Molière subit de mutiples attaques après les représentations de" L'Ecole des femmes". Il décide alors de défier ses détracteurs en écrivant "La Critique de l'Ecole des femmes".

Lors d'une soirée, des amis devisent. Il y a ceux qui ont aimé la pièce, novatrice, et les autres, accrochés aux règles, choqués par le propos politiquement incorrects du libre auteur. Parmi les "pour", Uranie et Dorante. Les "contre" sont majoritaires: Climène, le Marquis, l'auteur Lysidas. S'amusant de la contadiction, "mouche du coche", Elise simule l'impartialité.

Le maître du ballet, Clément Hervieu-Léger, actuellement distribué - subtilement - dans le rôle d'Oreste ("Andromaque"), a conçu une mise en scène contemporaine, légère et drôle, sur une scénographie d'Eric Ruf, avec une distribution parfaitement équilibrée.

Clotilde de Bayser (Uranie) incarne la femme équilibrée et sereine, ennemie du gourmé et de la pose morale, s'opposant à ce bas-bleu (caché sous le pantalon ample) de Climène, formidable Elsa Lepoivre qui donne vie à une grande pédante indignée, telle qu'on en voit dans les colloques de dames, au bord de l'évanouissement intellectuel.

Loïc Corbery, chevalier- défenseur du goût et de la liberté, excelle dans ce beau rôle, défroissant le drapé, pourfendant le cuistre, tandis que Serge Bagdassarian resiste à ces assauts avec l'autorité de sa stature et la finesse habituelle de son jeu. L'auteur - un vieux bobo à sacoche en diagonale et capuche azur : Christian Hecq, irrésistible en Lysidas, caricature des dîners en ville, bonze coulé dans le conformisme du semestre.

Enfin, Georgia Scalliet, en garce joueuse et retorse, excelle dans la rouerie et la fausse ingénuité. Galopin, le valet, c'est Jéremy Lopez, jouant l'ahuri parmi ces échauffés au discours insaisissable par lui.

On rit, on s'émeut, on savoure la langue et l'esprit : tous sont ligués à séduire. Clément Hervieu-Léger réussit tous ses paris avec une désinvolture qui doit cacher une volonté d'airain.

Belle relève qui doit bien irriter les... descendants de ceux pour lesquels Molière écrivit, il y a plus de trois siècles, cette impertinente leçon de théâtre et d'audace.