Pour son premier roman, "Paris la nuit", Jérémie Guez utilise la toile de fond récurrente du roman noir qu'est la capitale et le triangle glauque que forment la Goutte d'Or, Pigalle et Belleville, pour raconter la pseudo-cavale de l'anti-héros stéréotypé qu'est le zonard, en l'occurrence dans sa déclinaison juvénile.

Un personnage qui rappelle celui de Bensoussan, un des paumés magnifiques du roman noir "Tchao pantin", écrit au début des années 80, et porté au cinéma par Claude Berri. Mais sans Lambert. Et sans le style percutant de son auteur Alain Page.

Violent, asocial, marginal, auto-exclu de la vie, looser irréductible, petit malfrat sans envergure qui deale autant qu'il consomme, Abraham est un sale gosse sans avenir, noyé dans le désespoir ("La drogue, l'alcool, les sueurs froides quand vient la nuit sont les seules choses qui me sont familières").

Mais également la souffrance psychique et le mépris de soi qu'il déverse lucidement et consciemment avec violence sur les autres ("J'ai pris cette infâme décision, celle d'imposer partout ma violence, parce que je refusais de souffrir une seconde de plus").

Il traîne sa peau en faisant "la tournée des rades", fort d'un existentialisme punk mal digéré et d'une angoisse mal dissimulée derrière des postulats bravaches ("Je préfère me brûler les ailes, quitte à mourir à trente piges, que ranger les étagères d'un supermarché jusqu'à la fin de mes jours").

"Paris la nuit" est le récit de ce qui est peut-être sa dernière cavale, narré à la première personne du singulier dans un style introspectif et une langue policée ("En refusant de fuir, j'ai conscience de faire du meurtre un acte fondateur", "Je laisse les mots sortir de ma bouche, sans réaliser ce qu'ils signifient. Une simple phrase, sous laquelle est enfouie une flaque de sang et de larmes, une simple phrase qui a un pouvoir d'arraisonnement sur le cours de ma vie").

Ce qui constitue une curieuse et interpellante novation par rapport au langage et au mode de pensée généralement proférés par ce type de personnage.