Opérette marseillaise de René Sarvil, Henri Alibert et Vincent Scotto, mise en scène de Frédéric Muhl Valentin, avec Lucile Pessey, Cristos Mitropoulos, Ali Bougheraba, Marc Pistolesi, Sonia Pintor-i-Font, Laure Dessertine, Benjamin Falletto, Mathieu Becquerelle, Barthelemy Giulj, Stéphane "Bouba" Lopez, Patrick Gavard-Bondet et Edwige Pellissier.
"Un de la Canebière", la célèbre opérette marseillaise, délice de nos grands-parents, revient sur les planches, et c'est au Théâtre 14.
L'intrigue ? Trois garçons sympathiques - roublards, naïfs et touchants, parfois un peu "Veaux", du titre du fameux film italien de Fellini - veulent faire croire à deux marchandes des quatre-saisons (des "partisanes" : nouvelle illustration du péril à féminiser les mots) qu'ils sont de grands capitalistes dans la conserve - d'où l'origine de Conservateurs ? - tandis qu'elles se font passer pour des étoiles de cinéma (des "estars de Oli-vode" : ces Marseillais ne se laissent pas impressionner par les prononciations chewing-gumiennes !).
Quiproquos, pantalonnades et juponnades, duos d'amour célébrissimes ("Le plus tango du monde") chacun se régalera du charme, de la drôlerie d'une partition endiablée.
Et quelle équipe de jeunes talents, naturels, vibrants, ensoleillés : tout l'esprit de la rue, du quartier du Panier (derrière la mairie) tout l'esprit de la cité phocéenne qui est avec Paris du duo des plus belles villes de France, et des plus authentiques. On respire cet air de liberté montant du Grand escalier de Saint-Charles qui mène au boulevard d'Athènes et à l'Orient tout entier chez ces Carbonari. Et cette "classe" populaire où la familiarité s'arrête juste au bon moment.
Sous la mise en scène nerveuse, vive, de Frédéric Muhl-Valentin, avec une coloration Comedia dell' Arte, Cristos Mitropoulos - le héros - chante avec passion, tandis que Marc Pistolesi - réincarnation de Maupi, comédien-fétiche de Pagnol - compose un truculent personnage surnommé Pénible.
Mention spéciale à Benjamin Falletto, vraie nature d'artiste, belle voix et présence indiscutable : nom à suivre. Léo Guillaume est très bon également, tandis que chez les dames, la belle voix de Lucille Pessey charmera à coup sur. Edwige Pellissier, Laure Dessertine et Sonia Pintor-I-Font ne déparent pas l'ensemble.Sans oublier l'affreux viellard de comédie : Barthélémy Giulj, tordu et polichinesque à dessein, et les musiciens inspirés, Mathieu Becquerelle, Patrick Gavard et "Bouba".
Les amateurs puristes de bel-canto trouveront çà et là quelques défauts ou faiblesses (peut-être l'air principal devrait-il être interprété, au moins au final, tel qu'il a été composé et aimé) mais le public se régalera des facéties de cette troupe remarquable qui provoque ce miracle chaque soir : la Canebière est rallongée de huit cent kilomètres et Paris fait un triomphe à Marseille !
