Drame de Shakespeare, mise en scène de Igor Mendjisky, avec Clément Aubert, James Champel, Romain Cottard, Fanny Deblock, Yves Jego, Imer Kutlovci, Dominique Massat et Arnaud Pfeiffer.
Adapter de manière contemporaine un monument du théâtre tel que "Hamlet" peut s'avérer un pari particulièrement risqué. Car l'œuvre de Shakespeare, au même titre que celles de Molière, Racine ou Beckett, trouve sa force dans sa langue et dans ses thèmes universels (amour, trahison, famille).
La tragédie de Hamlet est connue. Le royaume du Danemark est en fête : tous célèbrent le remariage de la reine Gertrude avec Claudius, frère du défunt roi à peine enterré et successeur du trône. Le jeune Hamlet, son fils, n'est pas de la partie. Pour lui, un remariage aussi prompt est inconcevable et au chagrin et à l'indignation va succéder l'horreur d'apprendre que son père a été empoisonné par les amants.
Comment actualiser ainsi cette pièce sans sombrer dans le "jeunisme" facile tout en gardant son essence ? "A nous donc de trouver la langue qui parlera à notre époque en imaginant que notre sang ou notre salive est l'encre de Shakespeare" indique le jeune metteur en scène Igor Mendjisky dans sa note d'intention. Un pari remporté haut la main.
"La jeunesse porte en elle sa rébellion" déclare Horacio à Hamlet dans la pièce. Bien plus qu'une rébellion, c'est une fougue brillante et magistrale qui s'est emparée de la jeune Compagnie Les Sans Cou.
Formidablement orchestrés par Igor Mendjisky, les comédiens dominent la scène de toute leur présence et de tous leurs talents, le tout dans une mise en scène habile, aidée par des musiques certes non contemporaines de Shakespeare (Eurythmics, Marilyn Manson) mais qui renforcent l'aspect tragédique de l'oeuvre d'une manière originale et sublime, ainsi qu'un travail de lumières très efficace de Thibaut Joulié.
Un éclairage feutré pour les scènes amoureuses, intenses pour les scènes de joies, tamisé pour les passages tragédiques. Quelques sièges meublent la scène, ce qui peut paraître sommaire, mais qui renforce l’aspect froid et étouffant de l’atmosphère. Et les costumes de May Katrem, à mi-chemin entre le rockeur glam et le dandy branché crédibilisent la modernité de la pièce.
"Être ou ne pas être un bon acteur, telle est la question" : la réponse est sublimée par la prestation de Romain Cottard qui porte littéralement sur ses épaules toutes les émotions d’Hamlet. Comme possédé par son rôle, Romain Cottard sue par tous les pores son personnage, lui donnant une dimension quasi mystique. Son regard passant de la folie au désespoir et son charisme incontestable font de lui le parfait Hamlet cru 2011.
Il en va de même pour tous les autres acteurs, tous brillants, et qui tiennent leur rôle de la meilleure des manières. Fanny Deblock est une Ophélie magnifique et touchante tout comme James Champel en Horacio ainsi que Clément Aubert en fils vengeur.
En un mot : remarquable !
