Comédie dramatique de Benoît Solès, mise en scène de Gilbert Pascal, avec Frédéric Sahner et Benoît Solès.
Qui était Tennessee Williams, auteur américain le plus joué en France, né à Colombus, écrivant dans les Everglades et à la Nouvelle-Orléans, vu à Venise, mort par la faute d’un bouchon avalé à New-York, port de l’absurde ?
Utilisant les images délavées d’une émission américaine des années soixante, l’auteur, Benoît Solès, jeune plume inspirée, restitue, dans "Appelez-moi Tennessee", l’ambiance de vague "tolérance" de la société puritaine envers ce spécimen dérangeant et atypique, homosexuel notoire et poète insatisfait.
L’Amérique, lanterne magique, aime le vol de ces papillons rares et le bruit grésillant de leurs ailes brulées sur sa flamme rose. Le sadique présentateur de ce "parlotage" télévisé (ou talk-show pour les abusés) tourne et retourne l’auteur sur le gril mais Monsieur Williams est un vieux crocodile de bayou, patient, vif et carnassier.
Benoît Solès, auteur et comédien de la "troupe" du Théâtre 14 (dirigé par Emmanuel Dechartre), incarne un Tennessee Willams extrêmement subtil et juste, émouvant, traqué par l’esprit plat du puritanisme et qui se défend avec insolence et irrespect.
Face à lui, Frédéric Sahner, talentueux, incarne à la fois le "marchand de lessive" de TV, et, par la magie des évocations, un amant de paillotte, Marlon Brando, un infirmier. Seul bémol : les costumes ne sont pas d’époque - vestes d’homme très courtes en 1962 - c’est dommage.
Spectacle intimiste, théâtre de l’intime, cette pièce écrite avec soin et sens du rythme, mise en scène avec brio par Gilbert Pascal, donne appétit et désir de redécouvrir l’oeuvre de l’enfant terrible du théâtre d’Amérique.
