Drame de Molière, mis en scène par René Loyon, avec Claire Barrabes, Clément Bresson, Jacques Brucher, Adrien Popineau, Claire Puygrenier et Yedwart Ingey.

La dénonciation de l’hypocrisie hantait Molière, encore davantage après le retrait du "Tartuffe" que ses modèles obtinrent. Du sujet à la mode, ce seigneur-séducteur d’Espagne, il composa une oeuvre de nuit et de défi à Dieu, sombre, malgré ses scènes drôles.

A l’instar de Cyril Legrix (au Théâtre du Nord-Ouest puis au Théâtre Mouffetard), René Loyon a choisi une espace resserré - une chambre-salon - où la lumière joue avec l’obscurité.

Le premier acte fonctionne admirablement. Yedwart Ingey incarne un Sganarelle juste, humain, craintif pour durer, qui ne se laisse pas aveugler mais qui admet le rapport de forces bien défavorable. Au lit, sa plaine de gloire, Dom Juan s’éveille, jeune homme hirsute un peu bobo mais bientôt avec de jolis vernis qui donnent de la nuit profonde à ses pas.

Cet ourson, c’est Clément Bresson, au physique dangereux pour les dames assoupies, déclencheur d’alarmes pour le barbon à siestes. Il joue juste, clair. Elvire, la superbe Claire Puygrenier, étoile de la troupe, émeut, convainc, bouleverse, frénétique bafouée tous ongles à balafrer et rend Juan penaud, peu sûr de sa superbe, ébranlé. Rarement, acte a été traité avec autant de densité et de maîtrise.

Au second, difficile, avec cette scène rustique entre Pierrot et Charlotte, l’espace réduit ou une lumière inadéquate emprisonne les personnages dans une irréalité trop meublée. Lui, Adrien Popineau - un formidable comédien qui joue trois rôles - s’en sort mieux que Claire Barrabes qui mime un étrange accent canadien-français dérapé.

La suite remonte favorablement même si Dom Juan chantant le "Jésus, reviens" d’un film de publicitaire peine à ne pas nous affliger. La scène avec Monsieur Dimanche - Jacques Brücher, autre pilier de la troupe, excellent, jouant…huit rôles ! - s’impose comme une réussite. Elvire revient, sublime Claire Puygrenier, touchée par la Grâce. La fin est sobre avec un Commandeur devenu Dieu le père, qui emporte cet homme perdu dans la Mort, plutôt qu’en Enfer.

Spectacle ambitieux et travaillé dans le détail, ce "Dom Juan", classique et contemporain, mis en scène par René Loyon, en proximité avec le public toujours à deux mètres de l’action, séduira par ses qualités fortes et ses comédiens rares, et encore plus particulièrement une jeunesse, peut-être effarouchée par Molière, qui entrera dans cette chambre ouverte où la Vie et la Mort dorment ensemble et se combattent.