C'est un petit roman dédié à sa mère que Christine Orban nous présente sous le titre Le pays de l'absence. A peine 150 pages, une couverture floue, il n'a l'air de rien, et pourtant, dès les premières lignes, on pressent que l'on vient de débuter un de ces livres rares, que l'on n'oublie jamais tout à fait.

Le style est sobre, le sujet très complexe puisqu'il s'agit de traiter de la relation mère-fille, à travers les années et la maladie. L'auteur nous raconte en effet sa mère âgée et atteinte d'une maladie dégénérative cérébrale qui la fragilise et l'infantilise. Mais là où on pourrait craindre un récit larmoyant et convenu, Christine Orban nous prend à contre-pieds pour nous décrire également une mère jeune, accaparante, parfois vexante et manipulatrice. Pas de place pour la complaisance : des souvenirs, des regrets, des questionnements. Et en renonçant ainsi à toute idéalisation, elle réussit à dépeindre au plus juste les relations mère-fille.

Au fil des pages, le lecteur se familiarise avec la maladie : l'énervement face aux discussions incohérentes, la lassitude des gestes rassurants répétés, l'inquiétude, l'impuissance. Mais, au milieu de ces chapitres s'entremêlent aussi les reproches macérés depuis l'enfance, la colère contre celle qui humiliait au lieu d'encourager, qui culpabilisait au lieu d'aider à s'épanouir. Christine Orban ne cache aucune de ses émotions contradictoires, parle de sa mère, interpelle sa maman et par ce jeu de vérités très personnelles parvient véritablement à écrire l'amour filial.

On est souvent méfiant quand un auteur entreprend un roman sur la maladie, surtout si elle touche des enfants ou des personnes âgées. On s'attend à un récit convenu, voire "politiquement correct". Christine Orban a pourtant réussi à réaliser ici un roman fin et juste. En acceptant de dévoiler ses difficultés à aimer sa mère, même malade, elle a confectionné un livre dans lequel se cumulent sentiments et questions, sans jamais tomber dans la sensiblerie.