Comédie darmatique écrite et mise en scène par Valère Novarina, avec Julie Kpéré, Norah Krief, Manuel Le Lièvre, Mathias Levy, Olivier Martin-Salvan, Christian Paccoud, Dominique Parent, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, Valérie Vinci, Richard Pierre et Raphaël Dupleix.
Au commencement était le verbe.
Puis l’Homme apparut et s’empara du verbe, avec le fruit de la connaissance, et l’ennui s’installa. Et avec lui, les conversations ennuyeuses, les mots mastiqués comme du coca.
Plongeant dans son enfance de petit montagnard en ville, Valère Novarina, classique vivant un peu effrayé par l’ombre de sa statue qui bouge - et qui bouge toujours bien - a retrouvé les couplets des opérettes en carton-pâte, les mots indignés des marchands de quatre-saisons, le décor des églises futuristes saignant du soleil de leurs vitraux, le Danger, transporté en roulotte de bohémiens, depuis la plaine magyare, ce bric-à-brac qu’est la mémoire d’un homme fait, et composé cette messe subversive de couleur qui vient à point nommé, nommé, pour tout détruire et redéfinir, dans ce sens.
Novarina a pitié de son public. Lorsqu’il l’a instruit - ou désinstruit du fatras - il le divertit. Et quel divertissement ! Parade de politiciens ivres de vide et pleins d’eux-mêmes. Grands airs de Marguerite. Chantiers de l’impossible.
Puis le scalpel s’enfonce de nouveau, l’anesthésie vérifiée. Et ces gouttelettes de sang qui ourlent la réalité, ses comédiens, continuent de rougir la scène. Au loin, un jet d’eau, non, de sang, accessoire d’un Moïse B. de Mille, jaillit de nulle part.
L’époque n’est pas autopsiée, mais éviscérée. Et nous en jouissons dans nos veines. Novarina moine des enluminures cramoisies, sous la bure insoupçonnable de l’auteur reconnu (il a pour capuche un bon crâne de penseur contemporain) met en scène, peint aussi, à la main, et son décor évoque à la fois une grotte souterraine, une gorge qui saigne (vue de l’intérieur) et une cathédrale de meurtre.
Quand passe l’ "ouvrier du drame" - un charpentier qui établirait sa propre croix – on devine que l’âge des chrétiens en art, sous la poussée adverse, est revenu. La troupe brille de qualité, de talent, de folie, de don de soi périlleux : Julie Kpéré, Norah Krief, Manuel Le Lièvre, Olivier-Martin Salvan, Dominique Parent, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, Valérie Vinci, Christian Paccoud, Mathias Lévy (violonniste violent et superbe), Richard Pierre et Raphaël Dupleix.
Création, re-création, récréation, "Le vrai sang" invente et influe. Au commencement était le verbe. Au "démencement" écrivait Novarina.
