Monologue dramatique écrit et interprété par Constance Felix dans une mise en scène de Nadia Rémita.
Naviguant sans cesse entre le conte enfantin et le récit initiatique, "La femme intérieure" joue sur les références des deux registres pour nous livrer l'histoire de Cendrillance, cette femme née avec un boulet sur l'épaule et une chaine autour du cou et qui croisera sur son chemin, un éléphant, un satyre, une huitre et un prince charmant, avant de trouver sa perle.
Du conte, Constance Félix, qui interprète seule en scène l'histoire de Cendrillance, a su tirer l'univers poétique, presque onirique, de tout les possibles et où les codes sont mis à mal, car ils n'ont plus aucun sens. Elle nous parle ainsi par image, par symbole, et nous délivre l'histoire de Cendrillance par le prisme de son inconscient fertile. Le spectateur décode lui-même le récit à l'aulne de ses références, de son vécu, de son imaginaire.
Que faut-il voir dans ce vieil éléphant qui enlace la jeune fille de sa trompe: un vieux pervers obséquieux ou un lent éveil à la sensualité d'une enfant qui a peur de son corps en plein changement? Polymorphique, le conte permet à chacun de trouver ce qu'il souhaite, à l'infini, avec autant d'interprétations qu'il peut y avoir de spectateurs.
Cependant, si Constance Félix a repris les mécanismes et références du conte, c'est également pour les arranger à sa sauce, leur tordant allègrement le cou, sans s'en moquer, car elle est avant tout une merveilleuse conteuse et sa passion transparait derrière chaque réplique, chaque image.
Si on retrouve la bonne vieille pantoufle de vair, la bonne fée et le prince charmant, on découvre également notre princesse sur le "trône" (comprendre les toilettes) et affublée d'une robe de bal en cuir tendance SM.
Mais Constance Félix n'a pas oublié que le conte est avant une fable à message qui guide l'enfant en nous, avec toutes ses questions et découvertes angoissantes, vers l'âge adulte et l'épanouissement.
Au fil de ce qui se révèle finalement comme une véritable quête initiatique, Cendrillance, petite fille innocente, se cherche, se découvre lentement, dans ce qui pourrait être une longue gestation d'elle-même, pour finir par se trouver et accoucher de la femme qui était en elle, depuis le début.
Dans la petite salle pleine de caractère du théâtre des Déchargeurs, avec peu de moyens mais beaucoup d'ingéniosité, d'excellentes trouvailles scénaristiques et scéniques de Nadia Remita qui signe la mise en scène, et un talent oratoire certain, Constance Félix nous entraine dans son univers intelligent, sensible original et décalé, le temps d'une petite heure qu'on souhaiterait voir durer plus longtemps.
