Textes de Emilie du Châtelet dits par Danièle Israël dans une mise en scène de Pierre Humbert.
Le poète Gabriel-Marie Legouvé disait : "Derrière chaque grand homme se cache une femme". Nous avons tous entendu parler de Voltaire, mais que sait-on de Emilie du Châtelet, qui vécut pourtant avec lui dix années de folle passion, avant une séparation qui la laissa seule, mais pas sans esprit, et qui l'amena à se questionner sur la question fondamentale du bonheur.
Écrit pour vider son cœur et sans aucune ambition de se faire publier (et donc on peut l'imaginer sans auto-censure) le "Discours sur le bonheur" de Madame du Châtelet est une réflexion empreinte des idées du siècle des lumières (critique de la religion et des moralistes, émancipation des esprits, épicurisme, libertinage...) non dénué de féminisme et qui se révèle d'une grande modernité.
Dans une société qui vend à chaque coin de rue le remède miracle pour le bonheur et s'essouffle dans une course effrénée derrière celui-ci, il est troublant de voir que les mêmes questions se posaient déjà quelques siècles en arrière et d'autant plus intéressant d'entendre la réponse argumentée et pleine d'optimisme qu'y apporte le bel esprit qu'était madame du Châtelet.
Dans une mise en scène de Pierre Humbert qui joue volonté la proximité avec le spectateur, rendant ainsi le monologue plus vivant, Danièle Israël, en perruque, fards, et robe d'époque donne sa voix et sa vivacité à cette mathématicienne, polyglotte, philosophe (comédienne et chanteuse d'opéra à ses heures).
La fine lecture qui est faite du texte, d'une part, et sa délivrance toute en nuances, comme une confession faite au spectateur qui a ainsi l'impression d'être en conversation avec l'héroïne d'autre part, rendent le spectacle aussi distrayant qu'instructif.
On fermerait les yeux, on se croirait presque, un instant, 250 ans en arrière dans le boudoir de madame du Châtelet en pleine discussion sur la question des passions.
