Les petits plats de Tante Agatha

Assise sur le rebord de la table, les bras croisés sur votre tablier, vous voilà en philosophe à réfléchir. Justement, oui réfléchissez-y, et dites-vous qu’un repas est affaire de plaisir, de volupté, voire de sensualité, de petites gourmandises.

Et si, naturellement par magie les plats préparés, avec grands soins, il va de soi, renfermaient quelques petites trouvailles qui brusquement vous libérerait de votre mari présomptueux, de sa sœur qui a fait un trop beau mariage, de leur mère toujours en reproche, sans parler de la cousine aigrie et de votre frère qui s’est enfermée dans la religion. Cela changerait tout et là, je suis sûr que vous apprécierez, à sa juste valeur, votre Noël.

Pour cela naturellement il vous faut les recettes adéquates.

Avouez Madame qu'en cette fin d’année les Editions Le Masque font bien les choses, à la manière d’un Père Noël qui vous veut du bien (ce qui n’est pas toujours le cas), et vous soulager définitivement de cette contigüité trop longtemps infligée, elles ont pensé à vos petits soucis familiaux. 

Libérez-vous en feuilletant "Crèmes & châtuiments" ce très beau livre qu'Anne Martinetti et François Rivière consacrent à ces recettes délicieusement criminelles de la Baronne du Crime, Agatha Christie.

Pas moins de cent recettes à votre service couvrant l’ensemble d’un repas, sans oublier le thé, le vin, le dessert. Ne pas oublier la marmelade… Et ces petites tartelettes, délicieuses... Dommage qu’elles contiennent quelques poisons. Enfin pas grave, c’est votre frère curé, trop gourmand dans sa méchanceté, qui y laissera sa carcasse.

Les auteurs ont joué le jeu, vous aussi. Car même si vous retirez l’arsenic, la strychnine et que vous remettez votre besogne à demain (encore qu’il ne faut jamais remettre à demain ce que l’on peut faire le jour même) les recettes présentées sont toutes merveilleuses. Et de s’apercevoir que la Baronne du Crime était également une fine cuisinière.

Ce que l’on ne sait pas assez, c’est que la romancière était une femme qui aimait rester derrière ses fourneaux pour cocoter quelques recettes retrouvées dans un des cinquante romans dont la nourriture est le plat principal du meurtre.

De plus (dur, dur pour nous les froggies), nous découvrons au fil des pages des recettes qu’il faut que nous remettions nos pendules à l’heure de Londres. Que la réputation faite à la cuisine anglaise est totalement infondée.

Drame national. La cuisine anglaise est bonne, voir succulente (l’art du breakfast, les tourtes, le chutney ou encore les marmelades)… Nous y reviendrons, je l’espère…

Ajoutez au menu de chaque recette l’extrait du roman concerné et vous aurez en main l’indispensable manuel à tuer proprement le temps. Et n’hésitez pas naturellement, autour des plats confectionner, de faire une "Murder party".