Monologue dramatique de Fabrice Melquiot dit par Eléonore Agritt dans mise en scène de Brontis Jodorowsky.

Les monologues dramatiques de Fabrice Melquiot constituent des pièces ardues, sans doute plus encore pour le comédien que pour le spectateur, dans la mesure où, à l'écriture circulaire, s'ajoute une représentation du réel qui s'arcboute sur une reconstruction protéiforme de la réalité.

Les soliloques de ses personnages, qui sont toujours d'un état de conscience au monde qui ressortit à la l'hypersensibilité névrotique, oscillent constamment entre reconstitution mnésique, réalité fantasmée voire sublimée, onirisme, affabulation et quête extatique qui passe par la parole.

Brontis Jodorowsky qui met en scène "L'inattendu", qui peut sinon se résumer du moins s'entendre comme une histoire de résilience, se garde bien d'en fermer le sens à l'image de la scénographie : l'hyperéalisme d'un galetas de fortune cerné de photophores qui délimitent un pré-carré d'exorcisme et, peut-être, de dépassement d'un traumatisme profond.

Une femme se lamente, quasiment au sens antique du terme, sur la perte d'un amant qu'elle dit avoir disparu dans le fleuve. Un amant à la peau noire mort au temps des chasses à l'homme dans les bayous ou près d'un fleuve d'Afrique.

Pour donner à entendre ce texte qui navigue toujours entre émotion et distanciation, Eléonor Agritt, manifestement sous influence, le porte et le nourrit magnifiquement au travers d'un travail profond sur la voix pour donner chair au verbe parfois déroutant qui,à aucun moment, ne manifeste une faiblesse.

Un très beau travail sur la tension et la poétique pour retranscrire le caractère ontologique de la séparation, de l'absence et peut-être de la mort, à travers un périple mental qui est celui de l'accomplissement du déchirement et sur cette pensée obsessionnelle qui semble tourner à vide alors que le ressassement produit une lente dynamique au gré des flacons métaphoriques que débouche le personnage.