La Maison de Balzac reçoit une exposition unique, conçue spécialement pour le lieu et en résonance avec l'un des romans de Honoré de Balzac, "Eugénie Grandet", des oeuvres de l'une des plus grandes figures de l'art du 20ème siècle, Louise Bourgeois, décédée en mai 2010 à 98 ans.

L'oeuvre de la sculptrice et plasticienne s'achève là où elle a commencé, sans résilience, dans les schémas psychiques acquis au cours de l'enfance avec la haine d'un père tyrannique, odieux, infidèle, faisant souffrir jusqu'à la mort d'une mère vénérée, cette mère qui réparait les tapisseries "aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée".

Celle qui fut une fille dans une inextinguible tourmente

Louise Bourgeois a voulu aller au terme de ce qu'elle présente comme une identification récurrente en réalisant 23 oeuvres, ses dernières, réunies sous le titre "Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet...".

Louise Bourgeois n'est pas morte d'accablement comme son double de papier car elle s'est investie dans l'art non pas pour atteindre un niveau de conscience supérieur ou transcender la réalité pour atteindre le sacré mais comme thérapeutique cathartique pour tenter de dépasser les traumatismes de l'enfance ("Mon travail est une succession d'exorcismes").

Conçu sous le commissariat de Yves Gagneux, conservateur du patrimoine de la Ville de Paris et directeur du lieu, l'exposition dans les pièces exigues à l'atmosphère confinée de la Maison de Balzac est oppressante, voire éprouvante du fait de la puissance douloureuse des oeuvres.

Les gouaches sur papier, rouge sang, dont le portrait autofictionnel d'Eugénie Grandet, retenu pour le visuel de l'exposition, et les maternités arachnéennes au foetus hurlant de la série "My inner life" dont la déclinaison 5 avec la souffrance de la fille énoncée en cinq axiomes brodées en lettres rouges sont saisissantes et ressassent les thématiques récurrentes de l'artiste que sont la famille, l'enfance et l'adolescence traumatisée, la condition biologique de la femme et la maternité.

Broderie également, technique issue elle aussi de l'enfance de Louise Bourgeois et occupation de l'héroïne de Balzac, pour la "Suite de 16" composée de panneaux brodés, ex-votos paiens à une enfant et d'une mère meurtries.