Bien qu’il soit d’origine anglaise, Jamie Lidell vit à New-York et est reconnu comme un des protagonistes les plus importants de la musique Soul actuelle. En effet, depuis le lancement de son deuxième album original Multiply (2005), le futur de la Soul était réputé devoir passer par Lidell, bien que sa musique soit une récupération réussie des chansons Motown rythmées et humoristiques des années 60 et 70. L’album suivant, Jim (2008), a suivi les mêmes pas que le précédent et lui a assuré le statut de star planétaire, lui offrant l’opportunité d’accomplir une tournée mondiale avec succès.

C’est peut-être parce qu’il sentait qu’il disposait d’une certaine marge de manœuvre que Jamie Lidell a eu recours, avec ce nouveau Compass, à quelques touches d’expérimentalisme, de révisionnisme et d’hétérodoxie, caractéristiques qui l’ont rendu beaucoup moins accessibles que les deux disques précédents, mais qui ont élevé Lidell au niveau de mentor et gourou de la musique Soul.

L’écoute de plusieurs morceaux du CD évoque en moi certains noms de la Soul des années 80 : Terence Trent D’Arby ("Completely Exposed"), Prince ("I Wanna be Your Telephone"), Earth Wind & Fire ("The Ring"), Lenny Kravitz ("It’s a Kiss"), Michael Jackson ("Coma Chameleon"), Chaka Khan ("She needs Me"). Ce ne sont pas des imitations mais des hommages, des évocations à ces artistes.

Intercalées avec celles-ci, d’autres musiques s’aventurent sur le terrain de l’expérimentalisme et du psychédélisme ("I Can Love Again" et "Gypsy Blood"), et d’autres encore rappellent le style de Lidell présent sur les deux albums précédents ("Your Sweet Boom", "Enough’s Enough"). J’avoue que ces dernières sont mes morceaux préférés de Compass, ainsi que deux autres parfaitement atypiques dans cet ensemble Soul ("Big Drift", musique triste et désespérée post-apocalypse et la ballade épique "Compass").

En résumé Compass n’est pas un disque sur lequel il est facile d’écrire pour une personne comme moi, qui n’est pas un connaisseur de musique Soul. Mais ce que je peux garantir, c’est que les percussions et les sections rythmiques sont contagieuses, et que la voix et les interprétations de Lidell sont superbes.