Comédie dramatique d'après le roman éponyme de John Steinbeck, mise en scène de Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic, avec Philippe Ivancic, Jean-Philippe Evariste, Jacques Herlin, Gaëla Le Dévéhat, Jacques Bouanich, Philippe Sarrazin, Emmanuel Dabbous, Bruno Henry, Henri Déus et Hervé Jacobi.
"Des souris et des hommes", la célèbre pièce américaine connait une reprise au Théâtre du Petit Saint-Martin, laboratoire des succès, derrière le "grand".
Dans l’âpre continent, l’errance de deux amis, George et son copain attardé, Lennie, porteurs de rêves trop grands pour leurs moyens. Dans une ferme où ils louent leurs bras, ils rencontrent leur destin, sous la forme d’une nymphomane attendrissante, rêveuse d’Hollywood - genre qui allait contaminer l’univers - qui porte à tout mâle une attention dangereuse : elle est mariée à un rustre, jaloux par instinct, incapable d’aimer. Les démons enfouis de Lennie se réveillent.
L’herbe est sèche, attendant l’étincelle. Pièce sombre sur le destin impossible, sur le faux mythe d’une Amérique qui donnerait sa chance à tout "bon gars" ardent à l’ouvrage, cette oeuvre humaine et désespérée garde son pouvoir toxique : les rêves rosâtres ou bleuâtres pourrissent dans la tête de ceux qui s’y adonnent. Chacun est victime de ces rêves : l’ambitieux sans moyens, le fou sans contrôle, la garce sans talent, le nègre sans droits, le vieux sans travail. Mais que pourrait être la vie sans l’espoir, sinon une vie de bête ?
Pour ce texte de John Steinbeck, admirablement traduit en 1932 par Marcel Duhamel, les metteurs en scène, Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic ont adopté un parti-pris de simplicité qui laisse à la place aux acteurs. Et quelle direction d’acteurs que celle d’Anne Bourgeois !
C’est une véritable troupe de comédiens d’excellence qu’elle a réunie et à laquelle elle a insufflé une vitalité, une mobilité, une force qui arrachent l’émotion : Jacques Herlin (merveilleux moine Amédée du film-événement "Des hommes et des dieux"), Philippe Ivancic, Jean-Philippe Evariste, Gaëla Le Dévéhat, Jacques Bouanich, Philippe Sarrazin, Emmanuel Dabbous, Bruno Henry, Henri Déus et Hervé Jacobi. La musique est discrète (sauf dans l’introduction, un peu longue) et les mots seuls servent à émouvoir : c’est du théâtre sans béquilles et sans effets vains.
Spectacle rare, vital, exigeant, bouleversant, sur une terre aride où l’amour ne prend pas.
