Comédie de Shakespeare, mise en scène de Cendre Chassanne, avec Nathalie Bitan, Xavier Czapla, Cendre Chassanne, Agnès Fabre, Isabelle Fournier, Jean-Baptiste Gillet, Carole Guittat, Daniel Kenigsberg, Philippe Saunier et Stéphane Szestak.

Tout commence par des conflits familiaux, des rivalités de frères. Orlando (Stéphane Szestak)  se rebelle contre le traitement inhumain que lui fait subir son frère aîné Olivier (Xavier Czapla), à qui revient la gestion des biens de leur père et la conduite de la famille.

Olivier sent poindre les qualités de naissance de son frère et le perçoit vite comme une menace qu'il faut détruire avant qu'il ne soit trop tard. Le vieux Duc (Daniel Kenigsberg)  a été chassé par son frère Frédéric (Daniel Kenigsberg) et se retrouve exilé dans la forêt d'Ardennes avec sa cour de fidèles et de poètes. Frédéric a cependant gardé à la cour la fille de son frère, Rosalinde (Agnès Fabre) pour plaire à sa fille adorée Célia (Carole Guittat).

L'ordre de l'Etat ne saurait! venir à bout des passions de la jeunesse. Orlando réchappe du combat destiné à le tuer, il tombe amoureux de Rosalinde. Quand Rosalinde est devenue par trop gênante à la cour de Frédéric, elle est à son tour chassée et se réfugie, toujours secondée par Célia dans la forêt d'Ardennes. Les amoureux ne tardent pas à se retrouver dans ce refuge propice à l'amour et aux débordements des sens. Lieu sans toit, ni loi, loin des contingences de l'organisation sociale.

Comme souvent avec Shakespeare, la pièce est un feu d'artifice, mélant les danses païennes et les réflexions plus élevées. Pièce subversive qui éclaire la folie des hommes, et le pouvoir du langage.

La mise en scène de Cendre Chassanne est totalement réjouissante, tout en restant fidèle à l'esprit de l'auteur anglais. Les transformations des comédiens, leur joie visible dans le travestissement, leur adhésion aux excès du texte transportent les spectateurs dans un véritable numéro de cirque, où l'on chante, où l'on rit et où l'on ricane des peine-à-jouir.

Les femmes ont le beau rôle, peut-être pour contrer une position qui dans la réalité leur est nettement plus défavorable. A elles, la malice, l'intelligence, l'initiative et la liberté. C'est Rosalinde qui veut Orlando. Ce sont Rosalinde et Célia,  ces filles délurées, dévorées du plus grand des appétits, qui jettent toute domination patriarcale aux orties. Elles sont la vie et l'amour et entendent bien partir à ses devants.

C'est Touchstone,le bouffon jouée par une femme (Nathalie Bitan) qui critique avec le plus de pertinence l'ordre établi et dévoile les ressorts du langage. Aux hommes, Olivier, Frédéric, l'ambition, la folie paranoïque. A Orlando, la lascivité et la rêverie amoureuse sans péril. A Jacques (Jean-Baptiste Gillet), le mal de vivre, l'exil las.

Farce, voyage onirique, monde utopique, "As you like it" est  un hommage aux comédiens, à l'esprit d'une troupe, parce qu'elle parle avant tout du plaisir de jouer ensemble, de se créer des mondes et de renverser la terreur normative, "As you like it" c'est le plaisir du carnaval.