Monologue dramatique écrit et mis en scène par Alain Lahaye interprété par Catherine Salviat.
Alain Lahaye a écrit un monologue intelligent et percutant, et cependant sans acrimonie ni sensiblerie, l'éloquence de la réalité factuelle suffisant, sur le 3ème âge dans le cadre de la condition et du ressenti d'une femme qui se trouve placée de manière autoritaire dans une maison de retraite.
Parce que, sans famille, et considérée comme ne pouvant plus rester seule, mise sous tutelle, elle est privée de sa capacité juridique et de sa liberté. Et, même si à l'époque du politiquement correct, le terme "résident" a remplacé celui de "pensionnaire", les attributs de ce dernier demeurent dans ce qu'ils impliquent sinon de carcéral du moins d'assujettissement.
Alors, avant que de sombrer dans le lâcher prise ou la sénilité, elle prend ce qui lui reste, la parole, pour raconter quelques souvenirs de sa vie d'avant, celle "A la maison", celle des jours heureux avec son compagnon, un bel italien mort accidentellement, mais également pour dire qu'elle n'est pas dupe : vivre heureux dans une maison de retraite ressortit à l'utopie nourrie par ceux qui n'y demeurent pas et veulent avoir bonne conscience.
Une thématique cruciale avec l'accroissement continu du vieillissement de la population et d'actualité avec le projet de loi annoncé sur la dépendance des personnes âgées.
Dans un décor simple de petit salon d'été et d'oiseaux en cage, Alain Lahaye dirige Catherine Salviat, belle comédienne sociétaire honoraire à la Comédie Française et qui y est encore à l'affiche en 2010 avec "Les oiseaux".
Elle apporte son regard pétillant et son savoir sur le poids des mots pour donner corps et âme à cette femme de condition modeste sauvée par son goût pour la lecture qui veut rester digne même si l'accablement ou la protestation l'échauffent quand elle évoque le corps qui lâche, la dépossession de ses objets personnels, la promiscuité de la chambre partagée, la nourriture réduite au minimum vital, la pratique collective d'activités récréatives et les artistes ringards qui assurent les après-midis musicaux.
Et c'est le coeur serré, pour le spectateur, qu'elle s'éloigne discrètement. Juste un passage.
