Adaptation d'une nouvelle de Stefan Zweig adapté par Christian Fromont, mise en scène par Jean Paul Bazzico, avec Christian Morin, Céline Orsini et Christian Fromont

Chaque soir, la représentation est une aventure

C’est comme çà le théâtre. Rien n’y est jamais définitif. Tout y est fragile. D’une séance à l’autre la pièce peut basculer . Le théâtre c’est la vie. La vie jouée par des êtres vivants. Il y a des jours avec …et des jours sans. Ce soir là aux Déchargeurs la salle a retenu son souffle pendant La lettre d’une inconnue.

Rien à dire sur la mise en scène minimaliste plutôt bien vue. Les comédiens bien en place dans leur rôle respectif. Progression dramatique impeccable. Emotion garantie. Le texte et l’univers de Sweig intacts.
Et pourtant c’est difficile de s’attaquer à des monuments, tels que La lettre d’une inconnue.

Passage obligé des premières années de conservatoire. Jouée et rejouée, mise à toutes les sauces dans les troupes de théâtre amateur et professionnel. Mise en scène au cinéma par Max Ophüls ‘’ Letter from unknown woman ‘’ en 1948 avec Joan Fontaine et Louis Jourdan, une nouvelle version cinématographique de Jacques Deray en 2001 avec Irène Jacob lumineuse dans la Rose de l’adaptation … la pièce pourrait passer pour le mélo des mélos. Et non…on ne s’en lasse pas. Et puis ça me bluffe, moi, cette femme qui voue un amour éternel et muet à un homme qui ne la voit pas.

Moi je suis dedans quand elle écrit :
"... mon amour, ton regard devenait de plus en plus brûlant et me plongeait tout entière en un brasier. Je ne savais pas si tu m'avais enfin, enfin reconnue ou si tu me désirais comme une femme que tu n'aurais pas encore tenue dans tes bras, comme une étrangère... Moi, qui, toute une nuit de délices, me suis abandonnée à tes savantes caresses? Même en ma nudité, tu ne me reconnais pas. Ce soir, je te parlerai, une seule fois..."

Beau non ? envie de me laisser porter et de retrouver l’espace de quelques instants un peu d’humanité dans cet amour absolu.

Et quand les trois comédiens ont laissé couler leurs larmes à l’annonce de la mort de l’enfant…la salle s’est mise à renifler aussi. Moi j’avais déjà préparé mon mouchoir !

Si c’est pas de la communion çà !!!