Tout va bien. C'est pas vrai. Ne croyez pas le titre du disque. Ça s'appelle de l'ironie et c'est une façon subtile de dire que rien ne va bien. Alors les sept de Nouvel R le disent. Parce qu'ils sont engagés. Dans toutes les causes dans lesquelles il y a besoin qu'on s'engage. Oui, toutes à la fois. L'économie, les délocalisations, le social, la société et le sociétal, la civilisation, les rapports humains, la déréalisation des rapports humains, la religion, l'intolérance, l'extrêmisme, la vie, la mort... jusqu'au dérèglement climatique. Parce que le dérèglement climatique ça ne va pas.
Celui qui ne connaît du hip hop que les pantins télévisuels sera certainement étonné de n'entendre pas une seule fois scander le nom du combo ou de ses membres, de ne pas se voir demander de faire du bruit, que pas un seul titre ne soit dédié au numéro du département du Maine-et-Loire, dont sont originaires les musiciens ("bienvenue dans le quatre neuf"...). C'est que l'on parle là d'une musique pour adultes. Jeunes adultes, certes, mais tout de même plus si adolescents que cela. La formation n'hésite d'ailleurs pas à sortir des sentiers trop balisés du "monde du rap", en ouvrant ses horizons à d'autres familles musicales (sample de riff de Jimi Hendrix, omniprésence de la basse, touches d'électro, notamment dans la production...).
Reste que, comme beaucoup d'albums hip hop bavards, Tout va bien évite de justesse de verser dans le don de leçons non sollicitées pour se borner au constat noir ; ou comment toujours tout voir sous le plus mauvais angle – ce qui ne veut pas dire que ce qui est dit est faux ou sans intérêt ; simplement l'effet accumulatif risque-t-il de lasser ceux qui veulent penser qu'il peut exister quelque part encore quelque chose comme de l'espoir. Un espoir sans naïveté, mais un espoir tout de même, qu'autorisent des capacités d'analyse qui refusent de s'arrêter au premier ou même au deuxième abord des choses.
À ce titre, l'amateur de mots capable de recul et d'esprit critique risque-t-il d'avoir du mal à aller au bout du disque, lassé par les flots diluviens d'assertions sombres trop peu mises en perspective avec leurs contreparties moins négatives. L'amateur de rythmes, pour sa part, trouvera certainement son compte dans l'association forte de beat humains (Shen Roc) et machiniques (DJ Box), appuyés par la basse lourde de Paï Paï. L'amateur de flows bien délayés se délectera d'entendre s'entrelacer sans exagérations celui des quatre MCs (Binsen, Geni-K, Koni et Sseca).
Tout va bien apporte donc une suite appréciable à Hybride (2008) sans pourtant pouvoir permettre à ses auteurs de prétendre avoir atteint à une écriture détachée du cliché d'un genre prompt aux analyses précoces, comme on le dirait d'un éjaculateur trop émotif, trop empressé. Un niveau supérieur d'écriture, à atteindre comme par-delà le rap français et sa triste tendance à s'ostraciser lui-même dans la caricature d'une conscience socio-politique trop systématique pour être honnête.
