Comédie de Marivaux, mise en scène de Véronique boutonnet, avec Norman Barreau-Gely, Olivier Berhault, Marie Duverger, Mathilde Levesque et Denis Mariette.

Suite à un naufrage, des rescapés se retrouvent sur une île, en apparence déserte, mais qui abrite en fait d'anciens esclaves d'Athènes, révoltés. Ils ont créé leurs propres lois, auxquelles les nouveaux arrivant sont obligés de se plier. Ainsi les maitres deviennent valets, les valets deviennent les maîtres. Mais attention, on ne se venge pas, on corrige. On apprend à être un autre, si cela est possible.

La Compagnie du Bouffon Théâtre s'approprie le texte de "L'île aux esclaves" de Marivaux, en privilégiant la gestuelle et le travail du corps, dans une mise en scène ludique. Simplicité et naturel sont les maitres mots de ce spectacle: scène nue, animée d'un horizon lumineux et tourmenté (œuvre de l'artiste-peintre Marie-France Barruche), costumes de lin, de coton, tons naturels.

Dans cet espace épuré, les corps existent mieux et trouvent leur propre parole, les sentiments et émotions sont décuplés, les comédiens sont pris de fièvre et portent les mots jusqu'au bout des ongles.

Norman Barreau-Gely (Arlequin), Olivier Berhault (Iphicrate), Marie Duverger (Cléantis), Mathilde Levesque (Euphrosine), Denis Mariette (Trivelin) portent la pièce avec beaucoup d'énergie et de justesse.

La mise en scène de Véronique Boutonnet, presque chorégraphiée, est d'une grande théâtralité. Divers morceaux de musiques ponctuent les différentes scènes, ce qui a pour effet d'intensifier la dramatisation du récit et d'amplifier les intentions.

Ce parti pris met en exergue l'introspection des personnages, et le revirement de la pensée et des opinions qui s'opère au fur à mesure que le temps passe sur l'île. Les identités des personnages se brouillent, les voiles des apparences et des convenances se déchirent laissant entrevoir la réflexion de l'auteur sur le pouvoir, les relations sociales, et le rapport dominant/dominé.

Cette adaptation, d'une grande force mais également d'une grande simplicité fait la part belle au texte, à l'histoire et à la langue de Marivaux, dont le propos, bien que désuètement moralisateur, est toujours d'actualité et trouve une résonance forte dans notre société moderne.