Sous le très alléchant et médiatique titre de "Baba Bling" se cache une exposition inattendue au Musée du Quai Branly, dont la vocation est centrée sur les arts premiers, en ce qu'elle concerne la culture matérielle d'une proto-nation moderne d'Asie du Sud-est qui a connu son apogée à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème.
En effet, sous-titrée "Signes intérieurs de richesses à Singapour", elle invite à la découverte le mode de vie d'une diaspora chinoise, les Chinois Peranakan nés dans les détroits, descendants des Chinois qui ont immigré en Malaisie, qui ont fait fortune dans le commerce à l'époque coloniale jouant le rôle d'interface incontournable entre les communautés locales et l'administration coloniale.
Contrairement aux adeptes du bling-bling, ces riches familles ne pratiquaient pas l'ostentatoire mais réservaient leur débauche de luxe et leur goût pour la rutilance à la sphère intime en érigeant un véritable art de vivre singulier par sa fusion des cultures chinoise, malaise et britannique.
Conçue par Kenson Kwok et Huism Tan, respectivement Président fondateur et directrice adjointe du musée des Civilisations asiatiques de Singapour dont dépend le Musée Peranakan ouvert en 2008, l'exposition divulgue les richesses de la maison de ceux qui étaient surnommés "les Chinois de la Reine".
Un syncrétisme sidérant et jubilatoire*
La visite est particulièrement dynamique, voire ludique, car le parcours de l'exposition multiplie les points de vue en privilégiant la multiplicité d'approche qui peut être aussi bien thématique, formelle que fonctionnelle.
Par ailleurs, Nathalie Crinière a réalisé une très réussie et sobre scénographie en contrepoint sans omettre d'y instiller quelques clins d'oeil à l'iconographie naïve et colorée.
Franchir le seuil d'une maison peranakan c'est comme entrer dans un magasin de chinoiseries du 13ème arrondissement parisien : tout y est clinquant et kitschissime. Sauf qu'il ne s'agit pas de bimbeloterie "made in China".
Les meubles sont fabriqués à partir de bois précieux, les miroirs viennent de Murano et les services de table en porcelaine aux couleurs pastels avec une dominante de rose et de vert, le tout à l'avenant sous le regard des ancêtres portraiturés à l'occidentale ou en mandarins, avec en point d'orgue la reconstitution d'une effarante chambre nuptiale.
Les bijoux en or sont sertis de diamants et de pierres précieuses,
les dentelles sont hollandaises et belges, les robes en soie brodées de fils d'or et les
pantoufles rehaussées de rocailles de Bohême.
De l'autel où sont vénérés des dieux customisés à la cuisine, tout n'est que luxe, calme et volupté.
Et pour les jeunes visiteurs, un Studio Baba est inséré dans l'espace d’exposition pour leur permettre d'approcher le particularisme de cette culture et d'immortaliser leur visite par une photo dans un panneau à trous.
