Comédie de Molière,mise en scène de Jean-Denis Monory, avec Bastien Ossart, Virginie Dupressoir, Anne-Louise de Ségogne, Céline Barbarin, Julien Cigagna, Camille Metzger, Laurent Charoy, Malo de la Tullaye, Clotilde Daniualt, Alexandre Palma Salas et les musiciens Manuel de Grange (ou Damien Pouvreau) et Louis-Joseph Fournier (ou Olivier Clémence).

Dans le cadre du Festival Eclats Baroques, donné cet automne au Théâtre de l’Epée de Bois, ces nouvelles "Femmes savantes" (énième version montée cette année) ne vont pas manquer d’étonner et de surprendre.

Le metteur en scène, Jean-Denis Monory, cadre oblige, a décidé de recréer l’atmosphère authentique et originelle de ce spectacle : éclairage aux bougies, musiciens sur scène, costumes d’époque - de Chantal Rousseau - non "revisités" (revisiter et dépoussiérer : les deux verbes de la charnière - rouillée - fin XXème, début XXIème siècle) et, en prime, les doux accents rocailleux "vieux françoué" de nos provinces. Tout cela est-il vrai à force de vouloir être authentique ?

Les premières minutes durent - chacune - plusieurs minutes, et le soufflé gémit et aspire à l’élévation. Puis d’un seul coup, le charme opère. Il faut donc être un spectateur ni moderne, ni boulevardier : Patience !

La Comédie italienne, on le sait, a inspiré Molière. Il lui doit tout, hors l’esprit. Jean Denis Monory a donc demandé à ses comédiens de se conformer à ce jeu en vigueur alors. Ce qui est fait.

La troupe, épatante, se plie à cette pantomime et les personnages apparaissent dans leurs ridicules et leur force avec éclat. On rit, comme rarement, aux saillies du texte (formidable Bastien Ossart), aux envolées bonhommes (et bonnes femmes) et ce rafraichissement original coupe définitivement l’herbe sous le pied des commentateurs "révisionnistes" des "Femmes savantes" qui y veulent, contre toute raison, y insinuer un propos sur la condition féminine : c’est une vigoureuse, salutaire charge contre la pédanterie, plus disgracieuse encore en petit soulier qu’en grosse galoche, et l’esprit bas-bleu, bien que l’on puisse aimer le bleu mais pas pour les bas. C’est l’esprit et l’intelligence contre le système et le prêt-à-penser. Bref, c’est un gratte-cul pour la nigauderie.

Ce bonheur est à cueillir dans le Bois de Vincennes, à la Cartoucherie, à deux rayons de carrosse de Paris. Et, ce, pendant un mois. Il faut y courir. Y mener enfants et aïeux. Et même les dames.