Réalisé par Tony Scott. Etats-Unis. Action. Durée : 1h35. (Sortie 10 novembre 2010). Avec Denzel Washington, Chris Pine, Rosario Dawson, Jessy Schram et Kevin Dunn.

Nerveux et social, "Unstoppable", le nouveau film de Tony Scott, qui marque sa cinquième collaboration avec Denzel Washington, semble lancé à vivre allure sur les rails du succès programmé. La réalisation, qui mène de front action, suspens et pouvoir des médias, est de ces machines bien huilées dans tous les rouages.

Pennsylvanie. A la suite d’une série d’erreurs humaines, un train contenant de quoi réduire en cendres une ville entière, se trouve lancé à vive allure, sans conducteur. Un conducteur à quelques jours de sa mise à la retraite forcée et son tout jeune collègue, à bord d’une locomotive circulant sur la même voix, vont tenter l’impossible.

L’Amérique n’en finit pas d’héroïser ses quidams et leurs faits d’armes sont souvent inversement proportionnels à leur insignifiance sociale. Ainsi, dans "2012", le nanar apocalyptique d’Emmerich, la planète se trouvait-elle sauvée par un crétin qui allait décoincer un rouage de porte géante entravé par un bout de caoutchouc. Le truc a toujours fait florès aux Etats-Unis.

Tony Scott s’empare aujourd’hui d’un fait divers survenu en 2001 et d’un scénario qui ne déroge pas à cette codification du zéro qui devient Zorro, pour en proposer un film dont la signature n’a pas besoin d’un nom au générique. Qu’il s’agisse de la mise en place, millimétrée, de la situation de départ (avec la multiplication des petits riens qui vont provoquer le grand clash), de ces plans nerveux et zooms accélérés (un tantinet superfétatoires) ou de cette incursion dans le propos des outils et pouvoirs de communications, tout le style de Tony Scott est là.

Mais, dans cette grammaire "scottienne" à laquelle on s’est habitué depuis "Ennemi d’Etat" (oublions les premiers navets, de "Top gun" à "Jours de tonnerre"), vient s’immiscer pour la première fois et de manière prégnante, une teinte sociale révélatrice. Les personnages sont ici plus fouillés, plus empathiques aussi et donnent aux comédiens un delta de jeu plus large.

Certes, nous sommes loin des anti-héros loachiens englués dans le marasme sociétal d’une Angleterre en crise, mais l’action n’est pour une fois pas maîtresse absolue du sujet et le broyage de l’homme par un système économique toujours plus capitalisateur est ici fortement présent. Un signe du temps, assurément.

Et qu’un tel cinéma, pourtant pourvoyeur de millions de dollars de recettes, sorte de son microcosme de parvenus ou de nantis, est plutôt intéressant. Surtout lorsqu’il est servi par un cinéaste et directeur d’acteurs de cette qualité.