Monologue dramatique d'après Shakespeare interprété par Thomas Marceul dans une mise en scène de Ned Grujic.

"Hamlet" est sans doute, après "Roméo et Juliette", l'une des tragédie de William Shakespeare les plus jouées, et qui a subi toutes les adaptations possibles, des plus loufoques aux plus conventionnelles; preuve s'il en est que le grand maitre anglais a su aborder les problématiques humaines dans tout ce qu'elles ont d'universelles et d'intemporelles, faisant qu'elles sont encore d'actualité, près de quatre siècle après leur écriture.

Cette adaptation d'Hamlet, nous fait redécouvrir le texte originel de Shakespeare (amputé cependant de certaines parties, ce qui ne modifie rien à l'intrigue et permet de "tenir" sur un format d'une heure et demie) en le présentant sous un éclairage novateur.

L'originalité a été de placer le texte dans la bouche d'un adolescent boudeur, en pleine rébellion contre sa mère qui a osé ramener un homme à la maison en lieu et place du père qui les a abandonné.

L'enfant s'identifie donc entièrement à Hamlet, fils du roi du Danemark, dont le père, a été assassiné par son frère, l'oncle d'Hamlet. Ce dernier, non content de se ceindre de la couronne du défunt, prend également sa place dans le lit de la jeune veuve, la mère d'Hamlet, en l'épousant presque immédiatement après l'enterrement.

Familles recomposées, vengeance du père, punition de la mère, autant de thèmes commun aux deux situations, et qui permettent aux deux époques de se rencontrer avec beaucoup de vérité.

Seul en scène, Thomas Marceul, dans le rôle de l'adolescent, joue (au sens premier du terme) cet Hamlet, à l'aune de sa propre expérience et nous présente l'intrigue avec les moyens du bord, faisant de ses jouets, oreillers et peluches des comédiens d'un soir, à la fois drôles et émouvants.

La mise en scène de Ned Grujic est d'une grande intelligence : il fait cohabiter un huis clos tragique (avec quelques interventions de la mère à travers la porte qui sont là pour nous rappeler que le monde extérieur entoure l'adolescent et attend sa sortie) et des jeux d'enfants ludiques, sensibles et drôles, qui accrochent le spectateur.

Le huis clos de la chambre, renforce l'idée de solitude attachée aux tourments d'Hamlet et du jeune homme, qui, tels les héros de tragédie grecs sont seuls, face à eux-même et face à la mort (physique ou morale) qui les attend inévitablement.

Jeux d'enfants, questionnement d'adultes, découverte de sa propre mortalité, Hamlet trouve un écho tout particulier et une profondeur nouvelle dans cette version d'une grande originalité mais surtout d'une grande force.

"Hamlet, la fin d'une enfance", parle avant tout de la mort de l'enfant qui est en nous, du deuil que l'ont doit faire de la relation de nos parents et prouve, s'il était encore besoin, que les grands classiques parlent encore aujourd'hui de nos sentiments, de nos émotions, et surtout, de nous-mêmes.