Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
L’expo évènement qui tient aux tripes ne pouvait pas vivre autre part que dans le Nord. Terre de toutes les énergies.
Depuis avril, et cela jusqu’au 31 décembre 2010, vous pouvez visiter et vous imprégnez de l’histoire de la mine et des mineurs. Ici l’histoire s’écrit en noir avec toute la force humaine qui caractérise la volonté nordique d’en être, toujours et encore. Humain terriblement humain. Trop humain peut-être pour ceux qui se contentaient de gérer l’ouvrage.
La mine a toujours tenu en France, une place particulière, aussi bien dans la littérature qu’au cinéma. Etre mineur cela ne s’oublie pas. Il est cela par qui l’énergie arrive. C’est cette histoire que nous compte l’exposition.
1720 - 1992. Un bail !
Des "Héros ou Martyrs", souvent les deux dans la violence des mondes qui s’effondrent. Dans les rescapés que l’on retrouve et où l’on se prend à remercier Dieu d’avoir sauver la vie.
L’exposition-hommage (permettez d’ajouter ce terme) se compose de plusieurs parties que l’on pourrait appeler "chapitres". Les origines (1720-1792) avec "Le charbonnier dans l’Ancien Régime" et la naissance d’un groupe social à part où le relationnel ouvriers/patrons reste encore teinté de respect mutuel. 1792-1848 "Révolutions à la mine", entre deux révolutions, la première grève des mineurs, celle de 1833, l’émeute des quatre sous. Entre 1848-1890, "Le charbon roi". On aurait pu d’ailleurs l’appeler l’Or Noir. Il devient le principal moteur de la révolution industrielle. En 40 ans, le nombre de mineurs a été multiplié par six. C’est aussi l’apparition des corons, créés par les patrons pour fidéliser les ouvriers.
En 1885 parait "Germinal" de Zola ; avec le succès du livre viendra se plaquer une représentation du mineur comme figure hantée par la tragédie. Nous sommes dans une représentation sociale propre des drames antiques.
"La belle époque" entre 1890 et 1914. Naissance de la protection des revenus, reconnaissances des syndicats, créations par les compagnies d’écoles, de crèches, de dispensaires, etc...
Mais cela n’empêche nullement les catastrophes dont celle en 1906 de Courrières. Malgré les progrès, l’image du mineur auprès de l’opinion publique reste inchangée, un mineur et un ouvrier sacrifié.
Deux guerres pour ne rien changer.
1914-1945 "Dans la tourmente des crises". Plus de jeunes après la premier conflit mondial, les mines ont pourtant besoin de bras, alors on aura recours à l’immigration avant que la crise économique des années trente entraîne une baisse de la production de charbon.
Le Front populaire de 1936 redonnera des couleurs aux gueules noires qui pendant la seconde guerre mondiale se montreront, pour beaucoup des résistants de la première heure.
Après la seconde guerre mondiale, on nationalise les compagnies minières et le gouvernement de Charles de Gaulle lance la bataille du charbon accompagné par des slogans tel "Mineurs, le sort de la France est entre tes mains". Une bataille qui se réalise sans modernisation et qui conduira à de nombreuses grèves qui s’échelonneront entre 1945-1963. Le mineur était devenu "le premier ouvrier de France". Mais pour combien de temps encore .
Entre 1963 et 1992 le monde énergétique change avec l’arrivée du gaz et la généralisation du pétrole avec un plan de restructuration qui ne laissera aucun mineur sur le carreau. En 1974 à Liévin, comme un baissé de rideau, la dernière grande catastrophe nous rappelle à l’ordre. 42 mineurs perdent la vie.
L’aventure du charbon se conjugue au même temps que l’aventure humaine. Il n’y a pas un temps différent. Et par la crise énergétique que l’on refuse de voir, il n’est pas dit que les gueules noires ont dit leurs derniers mots….
A voir donc cette exposition et découvrir un monde bien réel, bien actuel.
