Comédie dramatique de Anton Tchekhov, mise en scène de Julie Brochen, avec Abdul Alafrez, Muriel Inès Amat, Jeanne Balibar, Fred Cacheux, Jean-Louis Coulloc'h, Bernard Gabay, Carjez Gerretsen, Vincent Macaigne, Gildas Milin, Judith Morisseau, Cécile Péricone, André Pomarat, Jean-Christophe Quenon et Hélène Schwaller.

2010, décrétée "Année France-Russie", se présente comme une belle occasion de découvrir - ou de re-découvrir - le théâtre russe, particulièrement prisé dans l'hexagone, et notamment le théâtre de Anton Tchekhov, année célébrant également le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance, "La cerisaie", entre autres, constitue un fleuron que tous les metteurs en scène veulent accrocher à leur palmarès.

Mais réserve également déceptions et déconvenues.

Pour sa deuxième année à la direction du Théâtre National de Strasbourg, Julie Brochen s'est attaquée à cette oeuvre difficile considérée comme visionnaire en ce qu'elle annonçait un épisode de l'Histoire de la Russie à travers la déchéance d'une famille de grands propriétaires terriens qui devait céder la place aux forces plébéiennes vives et entreprenantes animées d'un légitime désir sinon de vengeance du moins d'équité après des siècles d'asservissement.

Et à propos de vision, "sa" vision, celle que chaque metteur en scène veut donner d'une oeuvre et qui nourrit le débat sur le rôle du metteur en scène quant à savoir si son rôle doit excéder ou non celui de directeur d'acteur, passe par une déstructuration de la pièce qui, pour d'aucuns, ressortira à la défiguration.

A la recherche d'une scénographie à la "contemporanéité rêvée", son spectacle se déroule dans un décor monumental connoté, une gigantesque structure métallique mobile, conçue par Julie Terrazzoni, en forme de verrière, qui évoque davantage une cage dans laquelle les personnages tournent en rond jusqu'au tournis, effet accentué au 3ème acte par une double tournette à contre sens, est un naufrage comme la cerisaie qui disparaît sous le coup des haches qui élaguent le domaine qui deviendra un lotissement de datchas.

Par ailleurs, en concevant la pièce comme "un rendez-vous de spectres, de fantômes", elle a transformé la polyphonie originale en partition cacophonique dans laquelle, entre un numéro de magie et des intermèdes intégrant même de la musique klezmer pour un parallèle entre le départ définitif de la cerisaie avec la déportation vers les camps de concentration, les personnages étant toujours tous présents sur scène, les comédiens errent, se croisent, disent leurs répliques, parfois inaudibles du fond de la scène, et quasiment toujours dans le vide. Au point où ceux qui ne connaissent pas la pièce, et parfois les autres également, éprouvent des difficultés à comprendre leurs relations.

La qualité des interprètes, même si Jeanne Balibar joue Lioubov, la propriétaire de la cerisaie comme elle joue Prouhèze dans "Le soulier de satin" de Paul Claudel, n'est pas en cause et ce sont Jean-Louis Coulloc’h et André Pomarat, dans les rôles respectifs du fils de moujik nouveau propriétaire et du vieux serviteur, qui tirent le mieux leur épingle du jeu.