Comédie dramatique d'après la pièce de Molière, mise en scène Gwénaël Morin, avec Grégoire Monsaingeon, Gwénaël Morin, Barbara Jung, Ulysse Pujo, Renaud Béchet et Julian Eggerick.
Il est difficile de parler de ce "Tartuffe d’après Tartuffe" de Molière sans évoquer l’expérience du théâtre permanent, mené par Gwénaël Morin et sa compagnie dans les Laboratoires d’Aubervilliers en 2009.
Cette réflexion, en se basant sur l’urgence et l’énergie, tend à développer un outil artistique d'affirmation et d'intensification du théâtre en modifiant la relation entre le comédien, le texte, le geste et le spectateur.
Après "Les justes" d’après l'oeuvre d'Albert Camus présentés en 2009 et "Woyzeck" d’après "Woyzeck" de Georg Büchner à l’honneur la saison dernière, le Théâtre de la Bastille invite à nouveau Gwenaël Morin et sa troupe à passer un grand classique théâtral à la moulinette qui leur est propre et à nous livrer les fruits de leur expérience du théâtre permanent.
L’intérêt d’utiliser les classiques est qu’ils n’ont plus rien à prouver. Ils ont une existence en eux-mêmes en tant que monuments achevés et intemporels. Une parfaite matière en somme pour poser la question de la nouveauté.
Autant savoir à quoi s’attendre : plus que la pièce de Molière, c’est l’exercice de style que l’on va voir ici.
Nervosité et vitalité sont les maitres mots de la mise en scène de Gwenaël Morin, qui, entouré d’un groupe d’excellents comédiens, composé de Grégoire Monsaingeon, Barbara Jung, Ulysse Pujo, Renaud Béchet et Julian Eggerick, les laisse explorer physiquement le texte, plaçant "l’action au pied du mot".
Le plateau est presque nu, agrémenté de quelques cartons et planches de bois comme posés là par hasard, tandis que les comédiens arborent leurs vêtements de tous les jours. Ainsi visuellement située dans le précaire et le provisoire, la pièce ne vit plus que par la parole qui se fait urgence, nécessité.
La lumière, l’éclairage et donc le regard du spectateur est au centre du jeu, symbolisée par une bougie, sorte de fil rouge que les personnages s’échangent au gré de leurs élucubrations et qui se doit de rester allumée tout au long de la pièce, sous peine d’entendre tout à coup n’importe lequel des comédiens sur le plateau crier haut et fort un vibrant : "Feu, feu !", suivit par un chœur de "Tartuffe", "le théâtre", "Molière", "feu Molière". Ces explosions, amusantes au demeurant, rythment la pièce et sont symptomatiques de l’énergie presque électrique qui règne sur scène.
Les comédiens, ayant visiblement beaucoup travaillé sur la libération du corps, la dynamique des mots, et leur action sur celui qui les dit et celui qui les reçoit, se donnent sans compter, avec une joie toute communicative. Cette mise en danger physique de la parole leur permet de pousser les intentions à l’extrême. Il ne s’agit pas tant de se soucier de la nuance du texte que de le faire vivre, ce qui malheureusement réduit parfois la pièce de Molière à une simple farce.
Sans apporter un regard très novateur sur l’œuvre en elle-même, Gwenaël Morin nous offre sa vision de ce qu’est le théâtre, spectacle vivant avant tout, fait de mots et de gestes, d’échange. Sans oublier le regard du public, sans lequel rien ne pourrait exister.
