Ted Stanger ne laisse pas indifférent. Il y a ceux qui le comparent aux fameux Persans faussement naïfs de Montesquieu et il y a ceux qui rétorquent que cet américain devrait balayer devant sa porte. Après Sacrés français ! Un Américain nous regarde (Editions Michalon, 2003), Sacrés fonctionnaires ! Un Américain face à notre bureaucratie (Editions Michalon, 2006) et Sacrés Français, le roman ! Un Américain en Picardie (Editions Michalon, 2005), son dernier opus Sacrées vacances ! Une obsession Française est peut-être le sacré livre de trop…

Est-il encore utile de rappeler que nous avons une histoire et une culture plus que millénaire ! Le Siècle des Lumières : c’est nous, la grande gastronomie : c’est nous aussi, la poubelle du préfet du même nom : encore nous ! Et je ne m’appesantirais pas sur le Minitel – précurseur d’Internet si si – ou sur le vaccin contre la rage, vous connaissez le laïus. Alors nous utiliser encore une fois comme cible de vos railleries, cela commence à bien faire, Monsieur Stanger !

Dans Sacrées Vacances !, il s’attaque donc à un autre de nos poncifs, qui amuse tant, parait-il, nos voisins, à savoir nos vacances. Et pourtant, selon une étude, question jours chômés, nous sommes ex aequo avec les Danois, les Allemands et les Suédois. Quelle chance ont donc nos voisins de ne pas avoir un américain à domicile qui s’interroge inlassablement sur leurs petites manies et leur paradoxal taux de productivité ramené à un excessif temps chômé !

L’auteur tente – en vain – de rationaliser un moment qui échappe justement à toute raison. Comment expliquer notre acharnement à nous rassembler en de longues files bien ordonnées sur l’autoroute du soleil chaque samedi de juillet et août ? A nous allonger en de rectilignes rangées sur les plages azuréennes ? Alors que toute l’année, nous pestons et râlons contre la promiscuité de nos compatriotes dans le métro, à la cantine, à la caisse du supermarché ? Est-ce notre esprit grégaire qui s’exprime également plusieurs fois par an entre Bastille et République ? Est-ce l’amour de notre prochain que pourtant nous dénigrons à longueur de temps ?

Certes sa plume enlevée et sa verve moqueuse sont toujours présentes, mais n’empêchent pas la redite. Car si Ted Stanger est un bon observateur, il n’est pas sociologue. Il manque alors le travail de fond, de recherches, d’explications et ne restent qu’anecdotes et bons mots. S’entendre décrire l’absurdité de notre comportement est une chose, en chercher la compréhension en est une autre...

Il est donc dommage que Monsieur Stanger, qui avoue ne pas aimer les vacances, ait mis plus sa rancœur caustique, envers un comportement qui lui échappe, que son ironie moqueuse dans ce livre. Pour ma part, je retourne trier les photos de mes dernières vacances !