Après "Alice la saucisse", "Caroline assassine" constitue le volet central de la trilogie d'histoires cruelles écrites par Sophie Jabès qu'elle qualifie de contes romanesques.

Une petite fille prénommée Caroline vit dans la promiscuité au sein d'une famille monoparentale pathogène sous la coupe d'une mère dont le comportement ressortit à la maltraitance physique doublée d'une autorité tyrannique tendant à asséner la mort psychique en lui interdisant ce qui est quasiment sa seule raison de vivre et son seul moyen de se construire, la lecture.

Alors Caroline, mue d'une saine réaction d'auto-conservation et sous-couvert de l'excuse absolutoire du justicier qui va supprimer un fléau social, décide de passer à l'offensive en projetant le meurtre de la mère.

Avec cet opus explosif, Sophie Jabès poursuit son exploration burlesque de la pathologie familiale à l'égard de la fille cernée ici plus précisément dans la relation mère-fille sans avoir cependant de volonté de didactisme socio-psychanalytique.

Si la jeune femme prénommée Alice effectuait, sous les sentences dévastatrices de ses deux géniteurs, une tragique traversée du miroir allant jusqu'à l'auto-destruction faute de résilience, la souffrance subie par la petite Caroline transmute le meurtre symbolique de la mère en ce qui constitue aujourd'hui encore un des crimes considérés comme les plus odieux, le matricide.

Bien évidemment le passage à l'acte s'avère bien compliqué pour une petite fille qui, par ailleurs, ne manque ni d'intelligence ni de raison et dont Sophie Jabès sculpte, avec une plume expressive en forme de scalpel, un portrait tout aussi inquiétant qu'attachant.