Il faut cesser d'être intelligent. Les groupes le font bien, eux. Reviennent à l'origine, à l'inspiration qu'ils disent. Pour pouvoir se contenter de nous servir une soupe tiède et déjà goûtée, parfois. Ça s'appellerait "une approche plus directe" de la musique. Pour museler nos prétentions intellectuelles. Il paraît que ça doit passer par le corps : les oreilles, les pieds qui dansent, les jambes qui s'effondrent sous l'assaut d'un riff... Un solo pour tous les faire taire, comme une déflagration hendrixienne ; un chorus pour les mettre tous d'accord. La musique par-delà les mots. Il est des domaines que l'intelligence, dit-on, ne peut saisir qu'en les appauvrissant. Il faudrait alors savoir écouter, vivre, directement là, dans le rock lui-même, sans avoir besoin de le doubler de paroles vaines, l'enfermant dans une pièce trop étriquée pour sa folie, aux murs capitonnés d'analyses sages – façon certainement de rassurer le bourgeois pseudo mélomane. Admettons.

Parce qu'il n'est pas toujours temps de disserter, disons-le donc : il y a des disques que l'on aurait envie d'éjecter dès avant la fin de la première piste, non pas pour les ranger, mais pour les jeter contre un mur, espérant les voir exploser en petite pluie argentée. Le premier album des Happy Birthday est de ceux-là.

On ne saurait, formulé aussi directement, nous accuser d'une approche trop intellectuelle. Rassurons cependant le lecteur qui craindrait de ne pas en avoir pour son argent à la lecture de cette chronique gratuite : bien qu'amateur, le chroniqueur sait rester professionnel et aura trouvé la force de pousser plus loin que la power-surf-psyché-punk-pop azymutée de ce "Girls FM" d'ouverture.

Les Happy Birthday, trio étatsunien emmené par Kyle Thomas (le King Tuff derrière l'album Was Dead), revendiquent une approche folle et décomplexée de la musique, à laquelle il peut paraître grotesque d'opposer un froid compte-rendu. Mais le grotesque n'est peut-être pas là où on l'imagine...

À l'écoute du disque, on aura certainement le sentiment que le groupe n'a pas tout à fait choisi son camp, a enfourné toutes ses idées dans trente-trois minutes de musiques, en tassant autant que possible. Résultat : un magma pop certainement un peu gratuit, dans des tons proches de tous les groupes faussement hype du moment, qui contribuent à faire du rock indépendant un genre à la mode dans les centres d'achats de la grande distribution culturelle.

Les plus que trentenaires se rappelleront qu'en cuisine, Casimir avait popularisé une recette complexe, faite de tout ce qui pouvait traîner et que l'on aime bien, mélangé sans discernement ni volonté d'assortir les ingrédients. Ça s'appelait un gloubi-boulga. Les Happy Birthday, c'est un peu le gloubi-boulga du disque, la bougie d'anniversaire en plus : un peu de Pixies, de Beach Boys, du grunge et du punk, du Pink Floyd à la mode Piper at the gates of dawn, l'intégrale de Marc Bolan, MGMT, Arcade Fire, tout ce que la pop a fait de plus pop, et aussi de plus power, des sonorités d'aujourd'hui façon rock-à-la-fesse-triste (Eagle Seagul, We are wolves, The Drums...), des arrangements bizarres et un peu forcés, quelques vagues réminiscences des Beatles et pourquoi pas même un peu de D.D Johnston ? Bon appétit. Il paraît qu'on aime ou qu'on déteste, bel argument promo. Au moins les choses sont claires.