Dans la famille pop funk française des années 90, je demande le papa Sinclair…l’oncle Daran…et le petit dernier Swaat

Groupe d’origine aixoise, Swaat, soit Julien, Jérôme, Fred, Manu et Damien, est une bande de copains qui nous propose Je suis plusieurs un album dans la lignée de ses aînés.

Le visuel choisi pour la pochette – salle de classe avec les membres du groupe clonés, les textes sur feuilles de cahier et découpages d’enfants, et la bio en forme de bulletin scolaire annoncent la couleur : les Swaat, adolescents attardés comme ils le reconnaissent eux-mêmes, proposent un pop funk à la française destiné essentiellement, et qui le séduit, au public "djeune".

Côté musique, Swaat n’innove pas mais s’avère un bon faiseur de mélodies bien travaillées. Les textes, bien tournés, nous livrent toute la quintessence du spleen contemplatif et de l’attentisme nombriliste de l’adolescence variante décalé bucolique : "Enfermé, je suis plusieurs enfermé/Est-ce qu’un jour je pourrais/M’envoler au-delà, bien au-delà de moi" ("Je suis plusieurs"), "Je flotte allongé là entre ces quatre murs/Le temps prend son temps pour m’avoir à l’usure" ("Je plonge"), "J’attends le printemps depuis longtemps, j’attends, j’attends" ("Ma saison"), "Juste quelques secondes/le temps s’est arrêté/Rien de plus" ("Rien de plus"), "Partir, s’enfuir au loin/loin de tout ce vide rempli de rien/Partir, guérir ou bien/Mourir dans la plaine" ("Mourir dans la plaine"), "Rendez-vous sous la vague/Les yeux grands fermés/Dans ce flou tu divagues" ("Marée haute"), "Est ce que c’est vraiment mieux , là bas derrière la colline/Est-ce que c’est vraiment beau/Tout au fond, au fond de la piscine" ("Désert cactus")…

Restent le phrasé et le chant, sorte de lamento chabadabadarien qui a essaimé de Sinclair à Martin Rappenaud. Et puis, aux manettes, Bruce Keen, producteur certes féru de funk, que l'on retrouve un peu partout (par exemple sur "Tout devient Tout" de Robin Leduc, ce dernier figurant d'ailleurs dans les remerciements de Swaat) qui appartient à cette race d'ingénieur du son qui imprime leur marque et participe au formatage d'une certaine chanson française.

Dommage.... mais... le public reconnaîtra les siens !