C'est important, la famille, jusqu'en musique. Ceux qui me lisent régulièrement savent que j'ai un amour admiratif pour ma tante Ursule, qui m'a tout appris, qui a tout vécu – qui est un peu la reine de la musique, inspiratrice et marionnettiste à la fois, observatrice et actrice tapie dans l'ombre de l'histoire du siècle précédent, ce vingtième qui a presque tout inventé de nos goûts musicaux.

Carole semble avoir son cousin. Ce cousin qui pourrait être le vôtre, ce cousin d'Amérique que vous ne connaissez pas très bien, mais qui pointe parfois son nez dans les dîners familiaux. Ce cousin un peu plus âgé, qui vous a toujours témoigné une sympathique discrète. Celui qui ne colle pas si bien dans les photos de famille, un peu moins lisse que la moyenne. Celui dont on parle, comme si on avait tout compris, sans rien en savoir. Ce cousin-là. Un bluesman sorti de nulle part, aussi bourru que sensible. L'un de ceux qui vivent ailleurs, dans d'autres sphères, dont le monde est plus joyeux ou plus noir ; plus intense, en tout cas. L'un de ces cousins qui n'achètera jamais d'appartement en pensant à sa retraite, qui ne se mariera pas pour les avantages fiscaux. Le cousin que j'aimerai être, un peu, c'est vrai.
Ce cousin-là serait né français, mais aurait beaucoup voyagé. On l'imagine assez bien into the wild. Lui-même certainement un peu far out, d'ailleurs. Qu'importe. On s'attendrait à ce qu'il ait pour tout bagage une guitare ; mais il ne voyage pas toujours en solitaire. Le temps d'un premier album délicat comme le portrait noir et blanc d'un être cher surgissant d'un passé que l'on n'a pas connu, il prend la forme d'un duo entre Dom Ferrer (voix & guitares) et Mathilde Armansin (violon). Collaboration que l'on imagine toute de douceur, de silence, de respect mutuel et de compréhension immédiate.

Evidemment, on songe au travail de Warren Ellis avec Nick Cave pour le violon à Springsteen (façon Ghost of Tom Joad), pour la guitare et le rien de nasalité dans le chant. Mais cela ne dit encore rien d'importance. On savoure surtout ces trente cinq minutes de beauté, de légèreté et d'authenticité, pour une musique pleine d'âme et de délicatesse, qui emprunte autant au blues qu'au folk. L'une de ces minuscules productions essentielles, qui peuvent, tout simplement, vous rendre la vie plus belle.