Ça commençait plutôt bien, avec un CD encartonné aux airs de pochettes de 33t miniaturisée, l'air déjà vieilli ; avec ses photos un peu surrannées, son noir et blanc, son rouge trop saturé ; avec ce découpage géométrique des portraits flanquant une playlist découpée en faces a & b. La délicieuse impression de mettre la main sur une pépite encore inconnue des 60's ou 70's.

Elle avait pourtant une certaine grandeur, l'introduction de "No one said this would be easy", le titre d'ouverture, faussement empressé, nonchalante néanmoins, comme on savait le faire il y a quarante ans de cela. Mais passées les trente premières secondes, on retombe dans l'anonymat du quelconque, tristement. Certainement est-ce que la voix de l'israélienne Tim Yehezkely n'est pas à la hauteur de ce défi pop. Il lui aurait fallu une profondeur ou des brillances supplémentaires pour habiter ces pays devenus mythiques, quelque chose qui la sauve de cette constance un peu médiane, un peu propre sur elle, dans laquelle elle s'abîme.

Bien sûr, cela fonctionne parfois, quand on s'éloigne justement du registre pop pour flirter avec un minimalisme pas désagréable mais déjà plus moderne. "Thorn in your side" rappellera ainsi par son indolence le travail d'Ultra Orange avec Emmanuelle Seigner (Ultra Orange & Emmanuelle, album éponyme sorti en mars 2007), et notamment le titre "Rosemary's Lullaby" (réadaptation de la chanson interprétée par Mia Farrow dans le générique du Rosemary's baby de Polanski – en 1968, justement). On songera peut-être aussi, avec le regret que ce timbre mat ne se soit investi dans de telles directions, à quelques titres de Hrsta ou même, pourquoi pas, à la fragilité d'une Alison Shaw, quelque chose d'enfantin en moins.

À moins, évidemment, que l'on n'aborde l'album sous le seul angle de l'hommage, de la nostalgie, du rétro pour lui-même. Auquel cas, on devra bien reconnaître que The Postmarks s'en tirent bien, une très légère touche de modernité en arrière-plan ne gâchant en rien l'effet – mais on devra alors également reconnaître que l'entreprise a quelque chose d'un peu vain ; on préfèrera donc attendre avec curiosité le prochain opus de la formation, pour voir si ce bel appétit d'une pop insouciante aux airs d'avant la post-modernité et la belle mélancolie de cette voix auront trouvé un meilleur emploi.