John Ford, au centre de la photo de plateau "L’homme qui tua Liberty Valance" entouré de James Stewart (à gauche) et John Wayne (à droite). John Ford, homme de droite ? John Ford homme de convictions ? John Ford un cinéaste controversé, mais un homme à qui on ne la fait pas.
John Ford est un cinéaste libre au pays d’Hollywood.
L’histoire du cinéma est fait de ces types à la gouaille sans reproche. De ces types qui n’ont que faire du regard des autres, simplement parce qu’ils font partis du cinéma avec un grand "C". Couleur aventure, avant que l’institutionnalisation du marché tombe entre les mains d’avocats aussi véreux que dans un bon polar.
John Ford donc, homme de cinéma qui se définissait lui-même, lors d’une réunion de la guilde des réalisateurs en 1953, en plein maccartisme, comme suit "Je m’appelle John Ford et je fais des westerns". Il n’en fallait pas plus pour dresser le portrait du personnage. Droit dans ses bottes, même face aux démons de l’anticommunisme qui pourrissait le mental de l’époque, et qu’il remit à sa juste place dans la frénésie ambiante.
Lui que l’on taxe de droite (il l’est) mais qui, plus que son opinion personnelle met en avant la liberté inviolable de l’individu, renvoyant lors de cette fameuse réunion de la Guilde des Réalisateurs, un Cecil B. De Mille a ses affaires.
De cette courte intervention qui cloua le "bec" au réalisateur des "Dix Commandements" plus prédicateur que ses personnages bibliques, résume l’homme. Pour John Ford le droit de l’individu à être ce qu’il désire devenir, est bien plus important que "ces foutaises politiques qui nous empêche de travailler" dira-t-il en clôturant définitivement la joute verbale.
Rien d’autre et c’est beaucoup. C’est ce qui y est filmé ses films.
La Cinémathèque de Toulouse offre à ses écrans des films qui racontent l’histoire du cinéma et de l’Amérique.
John Ford est un conteur d’histoire qui montre du doigt, comme il l’a toujours fait, la légende comme seule vérité cinématographique.
D’ailleurs il n’y a pas de hasard, Hollywood le sait, reconnaissante. La cité des mirages est face à un artiste qui lui a offert 4 Oscars comme meilleur réalisateur. Une rareté.
L’homme de l’Ouest a laissé une empreinte dans le désert de l’Utah, sur les chemins de l’or noir, dans les prairies vertes… Dans son Irlande. Homme "neutre", mais qui peut l’être, qui rapidement a pris conscience de l’importance des cultures Indiennes (même si, souvent, elles sont malmenées). Ce n’est pas à un vieux lion que l’on apprend à faire la grimace. Mieux que quiconque en territoire hollywoodien il a su protéger son clan. Ses films sont des fables et vous avez la chance à Toulouse de sentir le souffle chaud de l’Ouest, l’odeur humaine et non aseptisée des personnages d’aujourd’hui. Ford aime les hommes, les femmes aussi, quelques beaux portraits (à la Chevauchée fantastique). Un tout bigrement humain, une comédie humaine qui flirte volontiers avec le politiquement incorrect. Regardez les films de John Ford et vous sentirez en vous comme un souffle balayant vos petites convictions étroites pour épouser (je l’espère) les grands espaces, qui comme tout le monde le sait, n’appartiennent nullement à l’Amérique mais à notre imaginaire.
Au galop si vous voulez voir du cinéma moderne. Et comme je le dis souvent, "il n’y a pas plus révolutionnaire que le classique".
