La Fondation Pierre Gianadda à Martigny, en Suisse accueille à partir du 18 juin 2010 une exposition rare. Une rétrospective d’un des peintres les plus influents depuis la fin de la seconde guerre mondiale : Nicolas de Staël.
Toute l’originalité de l’exposition revient à l’idée de Jean-Louis Prat, le commissaire de cette belle idée. Au lieu d’exploiter (avec possible éclatement des œuvres), et la tentation peut être grande, une rétrospective globale de l’artiste , il a préféré choisir une décennie riche en réflexion. Dix ans donc, de 1945 à 1955.
Il y a là, il me semble un choix judicieux, voir des plus pertinents. En effet lorsque l’on se retrouve face à l’artiste, devant ses œuvres, l’importance du commissaire devient rapidement évidente, celle de nous offrir au regard le périple artistique d’une mémoire.
Jean-Louis Prat a réuni une centaines d’œuvres. Tous viennent de grandes collections (Centre Georges Pompidou, Henie-Onsad Art Centre en Norvège, aussi le Kunsthaus de Zurich ou encore le Kunstmuseum de Berne. Pour les Etats-Unis, The Phillips Collection à Washington) Cette exposition ne serait pas complète sans la famille de l’artiste.
Petits et grands formats.
Rien n’est oublié. D’ailleurs pourquoi ? La nature, les paysages d’Agrigente, les nus et aussi et oui, en cette drôle de période footeuse, les footballeurs sont encadrés.
Une composition de l’accrochage qui nous permet une lecture autre. Cette juxtaposition d’œuvres connues et de quelques raretés nous rend heureux de cette redécouverte.
Comme on le perçoit, l’importance de ses retrouvailles (la première eu lieu en 1995) est réelle, comme un besoin de revoir un ami, une connaissance que l’on n’a pas revu depuis trop longtemps.
Retrouver Nicolas de Staël, écorché vif à l’artiste en exil. La douleur fait peintre. Il faut du temps, un détour vers la légion étrangère, puis le refuge à Nice en 1940. C’est à ce moment là dans l’éclairage niçois qu’il commence à peindre des œuvres qui laissent définitivement les dessins du début, à l’adolescence. Le peintre est orienté par Magnelli, Le Corbusier… Des œuvres non figuratives, ce qui ne veut pas dire incompréhensible. Elles peuvent être atypiques, naturellement, dérangeantes dans leurs formes géométriques, mais jamais les griffures, les hachures, ne trahissent la vitalité animale qui existe en l’artiste. Un regard sur la nature, telle qu’elle existe, c'est-à-dire loin d’une empreinte rousseauiste.
C’est un style qui se précise et que l’on nous propose à Martigny en Suisse. Une aventure humaine et artistique d’un peintre unique où la violence des couleurs s’entrechoquent dans les contrastes. Un homme de valeur qui a porté en lui une aventure unique avec laquelle il s’est battu toute sa vie.
Il rejoindra son œuvre dans la mort, qu’il se donne le 16 mars 1955 à Antibes laissant un mot à sa sœur religieuse "Dieu que c’est difficile la vie !Il faut jouer toutes les notes, les jouer bien..."
La partition proposée par la Fondation Pierre Gianadda Martigny est des plus justes, des plus sensibles également. Rencontrer Nicolas de Staël c’est un peu ouvrir chez chacun de nous un inconscient artistique, oublié. Cette drôle de valeur que l’on croit organisée que pour quelques élus.
Un plaisir dans la reconnaissance.
