Comédie dramatique d'après Elfriede Jelinek, mise en scène de Béa Gerzenyi, avec Yasmin Berber, Annamária Papp, Julien Prevost, Marie-Céline Tuvache, Lisa Spatazza, Loic Vidal et Olivier Marques au piano.

Dans le cadre de l'édition 2010 du Prix des jeunes metteurs en scène organisée par le Théâtre 13, Bea Gerzsenyi ouvre le feu avec "Les amantes", une comédie dramatique qualifiée de "romance au vitriol" qui puise dans le répertoire féministo-socio-politique de la romancière autrichienne Prix Nobel de littérature 1994 Elfriede Jelinek.

Et, plus précisément, dans un roman éponyme écrit dans les années 70 qui, dans son entreprise récurrente de dynamitage systématique des mythes sociétaux contemporains et de critique virulente de la société autrichienne, traite, de manière satirique et polémique, de l'aliénation - sans échappatoire - des femmes non seulement à la famille par l'institution du mariage, à l'homme par la réification du corps et la domination sexuelle, mais également à l'iconographie imposée par les sociétés capitalistes.

La démonstration en est illustrée par le destin parallèle de deux jeunes filles qui, dans une société où l'homme était (est ?) le seul avenir de la femme, veulent échapper à leur condition ouvrière par la voie du mariage. L'une, victime lucide du conformisme mais pragmatique, élabore une stratégie réaliste pour choisir l'homme qui lui servira d'ascenseur social, l'autre, victime des illusions véhiculées par les romans à l'eau de rose et les comédies sentimentales pour midinettes, fera le choix du coeur, qui est mauvais conseiller, et reviendra travailler à l'usine.

Cela étant, l'adaptation de Joël Jouanneau qui procède simultanément à un détournement et à une édulcoration du propos initial pour, comme l'indique Bea Gerzsenyi dans sa note d'intention, aborder les thèmes qu'elle souhaitait aborder, en l'occurrence l'amour de la vie et l'espoir, aboutit à la narration d'un mélodrame à tendance sociale policé et suranné, teinté de manichéisme judéo-chrétien.

Sur la scène nue, à côté du désormais incontournable écran-vidéo, en l'espèce réduit au format timbre-poste et entre, ou sur des égrènements pianistiques parasitants, se déroulent de brèves scènes de pantomime qui émaille la narration dispensée par Marie-Céline Tuvache qui apparaît tantôt de la salle et tantôt des coulisses.

Surgissent alors du noir, des personnages absolument pas incarnés. De simples silhouettes pour les hommes (Loïc Vidal et Julien Prévost) et des actrices fébriles (Yasmin Berber et Lisa Spatazza pour les deux protagonistes principales.

Bea Gerzsenyi a opté pour une présentation qui s'apparente à celle de certains magazines télévisés dit "de société" dans lequel un présentateur-journaliste raconte, sur le ton de la narration objective, une histoire plus ou moins sordide illustrée par des images d'archives et des brèves reconstitutions des scènes-clés. Ce qui pour le moins ne ressortit pas au théâtre.