Comédie de Roland Dubillard mise en scène d'Eric Vigner avec Hélène Babu, Jean Damien Babin, Pierre Gérard, Thierry Godart, Micha Lescot, Marc Susini, Jean-Philippe Vidal et Jutta Johana Weiss
C'est avec intérêt et curiosité que je me rends au théâtre du Rond Point en ce vendredi soir, devant un titre si énigmatique et à potentiel comique évident. Après un bref coup d'oeil au programme, qui ne me donne aucun renseignement quand à la teneur de cette pièce, je m'installe dans mon fauteuil et me plonge dans cette oeuvre contemporaine, iconoclaste, et pour le moins décalée.
Le sujet: un homme, poète, est le centre d'une agitation fourmillante au sein de sa demeure, où s'introduit un journaliste pour l'y interviewé, abasourdi devant ce délire ambiant.
En effet, à la platitude du sujet de base, s'oppose une folie irréelle en chacun des personnages de cette maison, qui s'apparente de sorte plus à un asile d'aliénés et qui donne à l'ensemble un côté baroque foisonnant. Mais Eric Vigner ne se contente pas de faire s'agiter une bande de fous, il leur confère une dimension beaucoup plus profonde.
Derrière cette extravagance de façade se cache une foule de questions, de critiques. Les thèmes de l'existence, de la nécessité, de la légitimité de l'art sont omniprésents tout au long de la pièce. Autre thème récurrent dans le jeu des personnages, celui de l'enfance. Il y a toute une thématique qui n'est pas sans rappeler l'imagerie enfantine d' "Alice au pays des merveilles". Dubillard transpose tout cela au niveau de la vie en général avec talent.
Au delà d'un texte riche et fouillé, on assiste à un jeu étonnant et admirable de la part de presque tous les comédiens. Micha Lescot, Félix (personnage principal) est impressionnant de dextérité, passant du registre comique au tragique avec justesse. Et que dire de Jean Damien Barbin (l'acteur à tout faire) qui est à mon sens le comédien le plus impressionnant de la pièce.
La scénographie est elle aussi très réussie. Le tout repose sur un mur de briques en 3D amovible se déplaçant au fil des scènes, qui fait ressortir une profondeur et une hauteur à la scène.On est aussi frappé par tout un jeu de portes par lesquelles les personnages vont et viennent, accentuant un aspect "fourmilière" propre à la maison.
Ajoutez tout cela et vous obtenez une pièce qui a tout pour être réussie. Qui a tout pour l'être mais qui ne l'est que partiellement. En effet, passé la première heure, la surprise laisse place à l'ennui. De nombreuses redondances, un style trop cloisonné, un texte qui part vraiment dans l'absurde, et de trop nombreux monologues et dialogues entre Félix et sa mère viennent ternir l'éclat de la pièce. Le comique jusque là jouissif devient trop fade. Le défaut majeur de sa pièce est sa longueur (plus de 2h), car même l'excellente prestation des comédiens ne la sauve de l'ennui.
Loin d'être mauvaise, cette pièce est simplement
trop longue, et retombe à plat après la première
heure. Disons qu'elle ne trouve pas véritablement son second
souffle. Malgré tout elle demeure intéressante, originale
et dépaysante.
Bref, un spectacle en demi-teinte.
