Comédie dramatique de Dany Laurent, mise en scène de Yves Pignot, avec Marie Vincent, Julie Dumas, Rosalie Symon, Colette Venhard et Pierre-Vincent Chapus

"Comme en 14" locution du langage courant, c’est le titre choisi par Dany Laurent pour dépeindre avec réalisme, finesse et sensibilité, le quotidien des femmes de la Grande Guerre, cette boucherie générée par le monde en déliquescence du début du 20ème siècle, socialement et politiquement figé sur les dogmes du siècle précédent.

Succès populaire - la pièce entame sa deuxième saison - reconnu par la profession - trois fois moliérisé en 2004 (meilleur spectacle de création française, meilleur spectacle de théâtre public et révélation théâtrale féminine pour Marie Vincent) - "Comme en 14!" nous propose une vraie représentation, toujours entre rire et émotion à l’image de la vie, du courage et de l’abnégation de ces femmes qui se posent de vrais questions politiques sur le sens de la guerre.

En 1917, à la veille de Noël, à quelques kilomètres du front, dans la salle de garde d’un hôpital vétuste où seuls deux médecins, trop vieux pour exercer en première ligne, viennent prodiguer leurs soins aux blessés, quatre femmes de condition sociale et de générations différentes se retrouvent, le temps d’une guerre, à partager les mêmes émotions et les mêmes rires.

Marguerite, la quarantaine, est une femme pragmatique et dure à l’ouvrage, comme lui ont appris ses parents, paysan et de domestique. Elle a choisi d’être infirmière à l’arrière et se doit de faire tourner la boutique tant bien que mal avec les moyens du bord. Pour elle la vie c’est aujourd’hui, c’est la guerre, les hommes qui souffrent et qui meurent. Demain, elle n’y pense pas même si elle croît qu’il peut être pire et si elle espère que la vie reprendra ses droits.

Ses deux aides bénévoles, la vingtaine fraîche et légère, lui causent du tracas. Suzy, fille d’ouvrier, au franc parler, animée de l’esprit libertaire qui commençaient à poindre dans le milieu ouvrier de l’époque, participe avec cœur aux tâches hospitalières mais s’engage dans un mouvement pacifiste, considéré comme illégal et symbolise les prémisses de l’émancipation féminine. Quant à Louise, jeune fille protégée dans le cocon familial bourgeois, elle rechigne aux soins, préoccupée davantage par son futur mariage avec le fils d’un industriel.

Marguerite retrouve Adrienne, chez qui sa mère était cuisinière, la comtesse, raidie dans son corset comme dans ses traditions qui sent bien que le monde va évoluer, que le peuple commence à relever la tête, que les ouvriers, qui constitueront la force vive de la nation, acquièrent une réelle conscience politique et militent pour le changement et que l’émergence de la bourgeoisie marchande va rivaliser sur le plan économique et social avec une aristocratie déchue.

Et c’est Marguerite, issu du petit peuple et qui perçoit bien tous les points de friction, qui va désamorcer les oppositions sociales pour recentrer ces femmes sur la nécessaire solidarité imposée par la guerre et sur l’humanité qui est le propre de la gente féminine.

La mise en scène de Yves Pignot est vive et centrée sur les petits gestes de vie ordinaire qui côtoient la tragédie qui règne dans la salle voisine et dans les champs de bataille tous proches et met en valeur les interprétations justes et mesurées des comédiennes.

Quant à Marie Vincent, qui incarne une Marguerite toute en émotion bourrue, son Molière n’est certes pas usurpé.