Réalisé par Philippe Leeuw. Belgique. Drame. Durée : 1h34. Sortie : octobre 2009 . Avec Ruth Nirere, Afazali Dewaele, et Lola Tuyaerts.

"Le jour où Dieu est parti en voyage", ce n’est pas se qu’il a fait de mieux. Dieu a loupé la correspondance.

Un premier film est normalement affaire de personne. C'est-à-dire de soi face à l’imaginaire. D’oser franchir le pas, de traverser le miroir des interdits avant de revenir à une création moins translucide. On le sait, on peut le deviner, un premier film peut avoir un arrière goût psychanalytique. "Mets-toi sur le divan que je regarde ton film".

Le réalisateur belge Philippe Van Leeuw signe son premier film en évitant tous ces écueils.

C’est que ce type, à de la bouteille.

Voyez plutôt, ancien directeur de la photo de Bruno Dumont (La vie de Jésus) et de Laurent Achard en 2005 pour "Le dernier fou". Et les écueils, ce n’est pas ce qui manque lorsque l’on prend à bras le corps, le drame Rwandais. Il en faut au bonhomme pour oser. Il osera en réalisant un film unique et fort.

Avril 1994, au Rwanda, les premiers jours du génocide. Une famille belge cache la jeune nourrice des leurs enfants, Jacqueline (l’excellente Ruth Nirere), avant d’évacuer le pays. Malgré la terreur qui la tenaille ellesort de sa cachette pour rejoindre ses enfants restés seuls. Elle découvre leurs corps parmi les cadavres. Chassée, traquée comme une bête, Jacqueline se réfugie dans la forêt.

Le drame humain est posé. Il se déroulera sous nos yeux le temps du film et bien après, naturellement. Le cinéma est parfois bigrement plus puissant qu’un sujet au 20heures. La narration nous interpelle de par sa mise en scène. Elle nous questionne sans relâche sur une barbarie sans lyrisme.

La complaisance de l’esthétisme morbide ne font pas partie du projet. Trop grave. La beauté ici, est autre, hors du maniérisme hollywoodien, proche d’un filmage humain. Van Leeuw a su, par touche, nous rendre, sinon complice des personnages, du moins témoins privilégiés des errances. Celle de l’homme (Afazi Dewaele) grièvement blessé par les Hutus et que soignera Jacqueline.

En braquant ses objectifs sur cette fuite dans les forets du Rwanda, avec en résonance la barbarie hors champs, le réalisateur a délibérément axé son sujet sur la souffrance, sur la terreur individuelle comme métaphore d’un massacre.

Le filmage, de par sa proximité avec les comédiens nous rapproche de l’héroïne des frères Dardenne "Rosetta". Est-ce un hasard ? Une chose est sûre, à voir film, on en prend plein la gueule. Le désespoir sans espoir nous colle à la peau dans cette forêt qui n’a rien de rousseauiste. La peur est partout et partout est la peur d’une humanité au bord du gouffre.

Cette épure naturaliste que nous offre le cinéaste belge, révèle à travers le cheminement de Jacqueline, un auteur au talent brut. Il faut voir ce film et heureusement qu’aujourd’hui MK 2 est là pour distribuer des œuvres qui, autrement, auraient trop rapidement disparu des écrans et de notre mémoire.