L'horreur selon Polanski
"Carré Cinéma" des Editions Séguier-Archimbaud est de format carré. Une évidence, une lapalissade, allez-vous me dire. Oui et non. Non, que le format soit une curiosité à lui tout seul, encore que ! Mais voilà, avoir entre les mains ce livre sobre au contenu fouillé, m’a titillé. Rien de bien méchant. Ce format au carré sinon qu’il me rappelle étrangement un format cinéma très peut utilisé lors de l’arrivée du parlant où il fallu décaler le photogramme pour réserver un espace pour la piste son. Un temps le cadre presque carré obligea nombres de réalisateurs à repenser la composition de l’image.
Aujourd’hui cela n’a plus lieu d’être et qui se souvient encore de cette curiosité ?
Les Editions Séguier/Archimbaud méritent que l’on y feuillette leurs pages avec toute la curiosité due à leur savoir faire. "Carré Ciné" en est au numéro 44. Cette collection regroupe à la fois des ouvrages sur l’histoire du cinéma et ses enjeux. Une alternance complice qui permet une approche complète d’un art qui n’en finit pas de muer.
"Roman Polanski, Rosmary’s Baby" d’Alexandre Tylski (patron de la revue Cadrage, enseignant/chercheur à l’Université de Toulouse-Le Mirail, et présent sur le dernier film de roman Polanski "The ghost-writter"). Du gros calibre, qui en 115 pages vous fait vibrer de bonheur. Le film y est peut-être pour quelque chose. Film sulfureux sorti en 1968 et qui rapidement s’offrit une réputation à faire pâlir d’envie nombre de vieux briscards de la pellicule.
En signant l’adaptation du livre d’Ira Levin, Roman Polanski savait-il qu’il venait d’offrir un film "culte" au 7ème Art ? A une période qui n’a ressemblé à aucune autre, qu’à celle de tous les possibles. Il y a comme cela des films qui vivent leur époque sans pour autant coller aux basques de la représentation imposée. Le livre d’Alexandre Tylski nous offre un ticket pour un voyage dans le temps cinématographique. Attachez vos ceintures, les turbulences de la création décoiffent.
Tout y est abordé avec justesse, comme pour nous apercevoir qu’un film ne se résume pas à une séance. Roman Polanski l’a bien compris (il n’est pas le seul heureusement) que l’espace qui existe entre l’œuvre et le public est en parenté avec le désir, le charnel n’est pas loin. Tout au long du livre, ce questionnement existe. Des articles parus, aux réflexions des spectateurs lors de débats (loin d’être des plus idiotes) au long entretien que Roman Polanski donna à l’auteur, dans son fief parisien. Complicités des questions, réponses en accord.
Le livre d’Alexandre Tylski dévoilera parallèlement, les relations du réalisateur avec Warhol, l’influence non négligeable de Rosemary’s sur les avatars cinématographiques et autres suites télévisuelles (1976). Un monde en soi.
Il est temps de faire connaître au-delà des frontières
étroites du 7ème Art, cette collection qui mérite
l’attention du monde enseignant. Alors n’hésitez
pas à faire savoir que le monde de l’édition
au service du cinéma ne se limite pas à quelques
coups de cœurs. Ici nous sommes face à un éditeur
qui nous offre l’Histoire d’un film dans toute sa
complexité. Ce qui ne veut surtout pas dire ennuyeux.
Sûr, vous aurez les mêmes sensations que moi en
lisant, le bonheur du cinéma retrouvé.
