Archie Shepp la racine
Le DVD de Frank Cassenti concernant Archie Shepp se visionne comme on boit du petit lait. On n’a pas besoin d’aimer le jazz pour aimer le film. L’inverse est d’ailleurs tout aussi vrai, à savoir que découvrir ce film rare peut vous faire apprécier le jazz et pourquoi pas, venir fricoter dans quelques "boites" sombres où l’alcool et le saxo se conjuguent au même tempo.
L’anecdote est amusante, celle d’un quiproquo qui aurait pu sortir tout droit d’un film de Vincente Minnelli, au faîte de ce genre de situation. Car le film n’aurait jamais dû (en tout cas, à ce moment là) avoir Archie Shepp, en haut de générique. En effet, à l’époque de cette rencontre impromptue dans les couloir du Châtelet, c’est Sun Râ que cherchait alors Frank Cassenti, mais point de soleil levant à l’horizon autre que la silhouette Archie Shepp qu’il croisa, comme sortie d’un film de Cassavetes. Tout un programme, il n’en faudra pas plus. Laissons le soleil ou il est et intéressons nous à la nuit.
"Monsieur Shepp ça vous dirait que l’on fasse un film ensemble, un film sur le jazz ?" Tout était dit dans la demande du réalisateur même la réponse du jazzman : "Je n’aime pas ce mot jazz ! C’est un mot qui est né dans les bordels de la Nouvelle Orléans, mais j’aime le cinéma".
C’est tout et beaucoup, ciselé comme un dialogue de cinéma. Tout sera filmé, l’ami, pas vrai ?
Le sujet est à la hauteur de cette découverte. Un film jazz, entendez une œuvre pensée en liberté, ce qui ne veux pas dire "foutoir". La cohérence du film , ses longues plages de silences, ses plans ressemblant à un solo de saxo, s’offrent à notre regard. On plonge la tête la première pour s’enivrer du bonheur de cette liberté offerte.
Point de représentation, de pose à la manière de. Archie Shepp est libre devant la caméra d’être LUI.
Ce film n’est pas un reportage, ce n’est pas non plus un portrait , il s’agit d’autre chose que le filmage nous demande de voir, c’est la liberté en photogramme. Il y a dans les mouvements de caméras, dans les lieux choisis, dans les cadres proposés, du Cassavetes.
La signature cinématographique est libertaire et c’est toute la force de ce film. Je l’écris à nouveau, pour que l’on ne l’oublie pas, nous sommes face à un film jazz, un film amoureux en prise directe avec nos sensations. Offrir au regard du public le jazz comme élément "classique" de l’aventure musicale.
Voir Archie Shepp et comprendre comment un musicien peut mettre sa musique en scène, il y a là, leçon d’humanité.
En signant ce film, Frank Cassenti nous hurle sa passion. "Je
suis jazz, c’est ma vie !". Et il l’applique
le bougre, ses films sont jazz, libre. Des films sans contingences.
Une bouffée d’air frais qui fait du bien par ces
temps qui courent où le modèle unique devient
le leitmotiv de la société spectacle.
