La revendication fait l’Artiste. "Poète peintre", une bien beau slogan, pour résumer le parcours de Paul Klee dont le Musée de l’Orangerie fête comme il se doit avec le Musée d’Orsay, celui qui fut et qui demeure l’une des références artistiques les plus déterminantes du 20ème siècle.
Est-ce parce que son œuvre, trop libre, restée en dehors des chemins balisés, que Paul Klee fascine ? L’homme, en marge des grands courants qui ont, au fil du siècle dernier, construit le regard contemporain sur l’Art, se serait-il méfié des Écoles ? Peut-être, certainement d’ailleurs, il n’y a pas de doute.
L’artiste est libre, plus que d’autres, sans Maître. C’est là sa force créative. Point chez Paul Klee de rattachement à telle ou telle école. Il EST. Sans autre forme que le désir d’offrir au public cette liberté créative.
D’ailleurs ont ne s’y trompe pas.
La sélection des œuvres présentées reflète trois axes de travail. La première guerre mondiale, puis l’enseignement au Bauhaus et enfin la dernière période (1933-1940), et son retour en Suisse où il construit une œuvre chargée et sombre, aux couleurs brunes et noires (la nazisme est passé par là).
Paul Klee ressent. Ce socialiste à fleur de peau ne peut, de part sa position d’artiste, rester les bras croisés, en cette fin de vie, il lutte à la fois contre la maladie et celle du monde, il nous propose un cheminement noir. Ses tableaux présentés rendent perceptible cette douleur intense.
La déchirure.
C’est en grande partie, ce que l’on peut voir à l’Orangerie.
Admirer également, mais pas seulement. Le sublime n’empêche pas la réflexion et l’interrogation sur l’engagement de l’artiste, voilà me semble-t-il bien au-delà de l’Art, ce que nous propose Paul Klee. L’artiste n’est pas un être à part, il vit et ressent son temps, le transpose, comme signifiant de la nature humaine, aussi horrible soit-elle.
Un certain nombre de tableaux de la Fondation Ernest Beyeler, galeriste Bâlois qui a mis avec sa femme Hildy plusieurs dizaines d’années à rassembler l’œuvre de Paul Klee, complètent d’accrochage.
L’exposition regroupe un choix restreint de chefs-d’œuvre, peintures et dessins. Ce minimalisme n’entache en rien l’exposition, bien au contraire. Les vingt-sept œuvres présentées ont la chance extrême d’être, d’une façon remarquable, mises en valeur. Profitez du temps que l’exposition vous offre, de par son choix rigoureux, pour admirer le travail d’un artiste qui pense que "... Il faut rester en éveil, être ouvert, être devant la vie comme un enfant qui se lève, un enfant de la création, du créateur".
La modernité à du bon. Elle remet les valeurs à la juste place… Quelque part entre le citoyen et l’artiste.
